Maria Mettral: "J'assume le fait d'être grand-mère"

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Est-ce que devenir grand-mère était important pour vous?

Franchement, je ne me suis jamais posé la question. Etre grand-mère, un jour ou l’autre, me semblait naturel, cela fait partie de l’ordre des choses. Par contre, je ne pensais pas l’être si tôt, à 49 ans! Mon dernier fils n’était pas très âgé. Sébastien, le père d’Arthur, mon petit-fils, avait 23 ans et ma belle-fille 21 ans, et ils étaient encore tous les deux à l’université. Du reste, Sébastien avait un peu peur de ma réaction lorsqu’il me l’a annoncé. Il pensait que j’allais hurler. En fait, j’ai surtout été surprise et j’ai éclaté de rire, ce qui l’a déstabilisé. Je me suis aussi dit: «Qui es-tu pour juger?» Et puis, est-ce qu’il y a un âge pour avoir des enfants? Je serais mal placée pour dire quelque chose, d’autant plus que j’ai eu Sébastien à 26 ans. Je faisais partie de cette génération de comédiennes qui considérait qu’il n’était pas possible d’exercer son métier et d’être mère. On me regardait avec des yeux comme des soucoupes! J’ai eu trois enfants alors que je suis comédienne et, par définition, sans emploi fixe. Mon contrat avec la télévision est renouvelable d’une année à l’autre. Mais je n’ai jamais eu peur du lendemain, je me suis toujours dit: «Tu trouveras.» Il est possible que cette attitude ait influencé mon fils, qu’elle lui ait donné confiance. Cela dit, je suis consciente que la situation n’était pas la même à mon époque. Il s’agissait d’un choix de vie, nous avions un vaste champ de possibles alors qu’aujourd’hui, les jeunes, même diplômés, ont beaucoup de difficultés à trouver un emploi fixe. Je ferai tout pour aider et accompagner mon fils et ma belle-fille.

Quelle a été la réaction de votre entourage? Comment vit-on en société le fait d’être grandmère à moins de 50 ans?

La réaction de mes amies et amis était amusante. Ils me disaient: «Mais comment vas-tu te faire appeler? Mémé, c’est pas possible!» En fait, je ne voulais pas me faire appeler par mon prénom pour que les choses soient claires, pour bien structurer la famille. Arthur m’appelle Mami, et je trouve cela très mignon. Je n’ai pas l’impression de prendre un coup de vieux avec ce nom. J’assume tout simplement, je n’ai pas eu besoin, comme certains de mes amis, de prendre un nom moins connoté. C’était amusant quand j’accompagnais Arthur à l’école, car il devait expliquer à ses copains que je n’étais pas sa mère, mais sa grand-mère. Au début, ils ne voulaient jamais le croire, ils disaient: «C’est pas possible, elle est trop jeune!»

Alors que ses propres enfants sont indépendants, n’est-ce pas difficile de tout recommencer avec ses petits-enfants?

Mon plus jeune fils, Noah, avait huit ans quand Arthur est né, alors j’étais encore dans la course. Je n’ai pas eu besoin de m’y remettre, ce qui est peutêtre plus facile. Au début, Noah et Arthur étaient des compagnons de jeu et cette relation a perduré, ils sont toujours très proches.

Cette proximité dans les âges entre votre fils et votre petit-fils ne rendait-elle pas plus difficile votre position?

Je n’ai jamais fait de différence entre fils et petitfils, sauf qu’en ce qui concerne Arthur, je n’imposais pas ma façon d’éduquer. Sébastien m’a, du reste, souvent reproché d’avoir été une mère trop laxiste. Mon fils et ma belle-fille ont une ligne éducative ferme. Je les laisse faire, même si je rappelle parfois qu’il faut aussi un peu de légèreté dans la vie. En fait, mes trois enfants, pas seulement Sébastien, me disent que j’étais trop laxiste, ce qui me fait rire. Mon père venait du Sud de l’Italie et j’ai eu une éducation stricte, basée sur les principes. Je ne m’opposais pas à mon père directement, mais je contournais ses postures un peu rigides. Je m’étais toujours dit que j’agirais autrement avec mes enfants, que je serais plus souple.
Avec Arthur, je fais comme je veux, mais sans saborder l’éducation que lui donnent ses parents. Je suis plus cool sur certaines choses, comme ne pas finir son assiette car l’important pour moi c’est qu’il goûte. Quand Arthur joue sur mon téléphone portable, je lui accorde aussi un peu plus de temps que ses parents.
Mon fils et ma belle-fille poussent Arthur à l’excellence, alors que mon discours est plutôt: «Quoi que tu fasses, il faut le faire bien.» Je lui donne l’exemple de mon père qui voulait être médecin. Malheureusement, il a été obligé de travailler à la fin de sa scolarité et de devenir tailleur, un métier qu’il n’avait pas vraiment choisi. Malgré tout, il a pris du plaisir à l’exercer et il l’a toujours fait avec professionnalisme.

Comment s’organise-t-on lorsqu’on est une grand-mère qui travaille?

Je dirais même une grand-mère qui travaille à 300%! Je jongle lorsque je dois prendre Arthur et parfois bien plus qu’à l’époque, avec mes propres enfants. Je ne dis presque jamais non. J’essaie de me plier en quatre pour y arriver, ce qui agace parfois mon mari. Mais je me souviens que mon père m’a beaucoup aidée avec mes enfants et j’essaie de faire la même chose avec les miens. Parfois, ce n’est vraiment pas possible. Une fois, Arthur n’a pas pu dormir à la maison pendant deux mois, car j’avais un spectacle. C’était difficile pour lui, mais je lui ai expliqué et il a compris.

Quelles sont vos activités préférées avec Arthur?

Je l’emmène au spectacle le plus souvent possible, ainsi que dans les musées et les bibliothèques. Quand il était plus petit, nous allions au Jardin botanique de Genève et dans le parc du Château de Penthes. Il est peut-être encore un peu jeune, mais je pense aussi lui faire découvrir le CERN. J’ai aussi le projet d’aller au Musée des transports à Lucerne et d’organiser des excursions en Suisse alémanique.

Avez-vous des moments privilégiés avec votre petit-fils?

Oh oui! Lorsqu’il arrive avec sa pile de livres pour que je lui lise une histoire. Il s’installe contre moi et je commence à lire. C’est notre moment. Arthur est très câlin. Je sais qu’en grandissant, il le sera toujours mais différemment. C’est quelque chose de normal et qu’il faut accepter. Mon fils Noah continue à me dire qu’il m’aime, simplement il ne le fait pas devant ses copains!

Rêvez-vous d’avoir d’autres petits-enfants?

Je vais bientôt être grand-mère une deuxième fois. Je serais très contente si c’est une fille, car il y a déjà beaucoup de garçons dans la famille.

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