Bye-bye tétine

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La tétine est une invention qui remonte à la fin du XVIIIe siècle. D’abord intégrée au biberon, elle fut conçue afin d’éviter le risque de suffocation lié à l’allaitement. Puis, au XIXe siècle, furent étudiés de véritables systèmes de succion autonomes – en cristal, tissu, buis ou pis de vache – destinés au confort de bébé. La tétine était née. Aujourd’hui, elle suscite un vif débat lié à son utilité et à ses désagréments. Pour la pédopsychiatre Dora-Christine Knauer, son grand avantage réside dans ses propriétés à calmer l’enfant. «Le fait de suçoter lui procure automatiquement une détente et un apaisement. C’est un moyen transitionnel qui lui permet de contrebalancer ses angoisses, ses peurs et son sentiment de solitude. La tétine n’est toutefois pas obligatoire. Certains parents l’emploient, d’autres pas. Pour diminuer le risque d’accoutumance, ils peuvent essayer d’autres alternatives. Un morceau de tissu imprégné d’une odeur, par exemple.»

Stop: à quel âge?

Vers quel âge est-il judicieux d’arrêter la tétine? «Normalement, cela devrait se faire vers 15 mois, maximum 18 mois. Au-delà, on court le risque de favoriser chez l’enfant une habitude de repli, d’enfermement, avertit la spécialiste. D’une fonction naturelle de tranquillisation, on glisse vers une notion plus artificielle d’autostimulation. Le fait que l’enfant soit autocentré sur ses perceptions internes compromet son accession au langage. Il faut aussi savoir que la tétine déforme passablement la dentition. Ses traces sont toutefois moindres que celles laissées par le pouce.» En ce qui concerne les dépendances addictives futures que la lolette entraînerait, la spécialiste fait taire les inquiétudes. «Elle n’en provoque pas. C’est surtout si l’on met des substances sur son embout comme du sucre ou du miel que l’on peut créer un risque d’addiction mais juste au substitut utilisé.»

S’y accrocher ou la lâcher?

L’arrêt de la tétine est un délicat et nécessaire passage pour l’enfant. Les parents doivent veiller à l’entreprendre et à le stimuler. Il coïncide avec un âge où son attention commence à se diriger vers l’extérieur pour y rechercher des sensations nouvelles. L’enfant devient attentif aux couleurs, aux bruits environnants. Il va vouloir explorer, jouer, rechercher l’interaction avec ses parents. Les filles comme les garçons sont attirés par la lolette. Certains en sont plus dépendants et ce, à cause de leur tempérament. Dora-Christine Knauer note des différences bien réelles: «Le bambin rêveur ou introspectif risque de s’y accrocher. Tandis que l’enfant plus expansif va la lâcher plus rapidement. De même qu’un enfant en souffrance s’en passera plus difficilement.»

Tétine: pas si anodine

Dans le développement de l’enfant, la tétine marque sa phase orale. «Elle va lui permettre de s’affranchir du sein ou du corps de sa mère auquel il est assujetti pour ses besoins organiques primaires. L’allaitement représente une fusion totale avec la mère. Lorsque le bébé pleure, sa mère le met au sein. Les deux ne forment alors qu’un. Avec la tétine ou le suçotement, il découvre une zone d’érotisation, de goûts, de plaisir propre, qu’il peut activer. Cette étape d’exploration buccale marque la toute première édification de ses processus secondaires. Cette transition du corps de la mère à sa bouche lui permet de se constituer. Le fait qu’il n’en éprouverait pas le besoin pourrait inquiéter, plus qu’un usage trop frénétique de la lolette, précise-telle.»  Jouer les prolongations avec la tétine expose toutefois l’enfant à des blessures narcissiques. «Au fond, celui qui vers 2 ans et demi ne peut toujours pas s’en libérer passe pour un bébé aux yeux des autres. Cela marque un état de dépendance aux parents. Tout comme les couches-culottes, il lui faut sortir de la tétine, montrer qu’il en a le contrôle. Cela lui évite de pénibles moqueries, particulièrement s’il est à la crèche, en contact avec d’autres enfants.»  

5 astuces pour arrêter en douceur

  • Réduire le temps de la tétine. C’est impératif. L’enlever lors de l’endormissement, lors des premières socialisations, à la crèche, aux fêtes d’anniversaires...
  • Stimuler ses capacités d’apprentissage. Celles-ci s’activent toujours très bien avec une récompense à la clé.
  • Solliciter son sens du jeu.Rendre la tétine un peu vivante, la personnaliser. Par exemple, expliquer à l’enfant que la lolette a besoin de se reposer. L’enfant n’est pas dupe mais l’arrêt l’amuse alors.
  • Titiller sa fierté. Dès cet âge, il manifeste le besoin de se comparer aux autres. Ne pas hésiter à utiliser cette corde sensible pour l’amener à arrêter.
  • Commencer l’arrêt durant des moments propices, sans stress, où l’enfant n’est pas débordé par le changement et où les parents se montrent disponibles 
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