Je zozote, tu zézaies

Je zozote, tu zézaies

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Quand il a commencé l’école, Julien, 4 ans, «santait des sansons» et «zouait à des zeux». Pour sa maîtresse, pas d’inquiétude à avoir: un enfant qui prononce mal certains sons jusqu’en première enfantine (4-5 ans), cela n’a rien d’étonnant. Seulement, le jour où il a dû, au début de la deuxième enfantine, commencer à repérer des mots sur une fiche, sa mère s’est questionnée: «Julien devait pointer tous les mots qui commençaient par le son "s". Il m’a montré la souris et le chat. Un "sat" pour lui. Je me suis dit qu’il allait avoir des soucis à la lecture…»

Rendez-vous est pris chez la logopédiste, qui confirme: ce problème de prononciation est assez classique. Le «ch» et le «j» comptent parmi les derniers phonèmes à acquérir. Depuis le début de son traitement, il y a quelques semaines, Julien, 5 ans et demi, a déjà commencé à se corriger. «La logopédiste lui a expliqué pourquoi il faisait ces sons, raconte sa mère. Elle lui a montré que sa langue était mal placée. Qu’au lieu de la laisser dépasser entre les dents, il devait l’emprisonner dans la petite maison, ses dents en fait.» Julien a reçu un petit cahier avec des dessins où l’on peut voir une langue bien à l’abri. Pour faire le son «j», il apprend à faire vibrer «un petit moteur», au contraire du son «ch» qui se siffle entre les dents. Et pour muscler sa langue, Julien s’exerce à toucher le bout de son nez.

Soigner par le jeu

Bref, Julien s’amuse bien. Car quel que soit le type de prise en charge offert par la logopédie, le jeu reste le moyen central de parvenir à un résultat. «Tout passe par là», résume Chantal Bonvin, logopédiste en milieu scolaire dans le canton de Vaud. Certains enfants progressent très vite car ils sont prêts à le faire. Avec d’autres, au contraire, cela peut prendre du temps. Pour le langage oral comme pour l’apprentissage de la lecture, il faut trouver le chemin qui aidera le mieux l’enfant. Les enfants apprennent en utilisant des stratégies auditives, mais également des gestes ou des images.»

On aura lu entre les lignes: la généralisation est un mot banni du vocabulaire de ces thérapeutes du langage. Logopédiste indépendante à La Sarraz, dans la campagne vaudoise, Christiane Roulet n’y coupe pas. «Il n’y a pas de systématique car un enfant et son histoire sont uniques, à chaque fois.» Dans son cabinet coloré de cubes et de jeux, Christiane Roulet suit de petits enfants, «dès 3 ans environ. Quand ils sont plus jeunes et consultent pour des problèmes de surdité ou de division palatine, par exemple, les prises en charge s’effectuent généralement en milieu hospitalier dès la naissance.» Certains enfants viennent sur le conseil de leur pédiatre. En effet, les suivis réguliers – contrôles à 1 an, puis 2 ans, etc. – ont permis d’intensifier le travail avec les logopédistes.

Il arrive aussi que les parents consultent spontanément. Parce qu’ils s’étonnent que leur deuxième enfant parle mal comparé à son aîné au même âge. Ou parce que leur fillette bégaie ou ne souffle mot et qu’ils ont eux-mêmes une histoire personnelle avec le bégaiement ou le mutisme. Dans chaque contexte, Christiane Roulet travaille avec les parents. «C’est très important de ne pas les culpabiliser, mais de leur montrer qu’ils peuvent agir et que personne ne peut se substituer à leur rôle de parents.» Quelle place occupe l’enfant dans la famille? Comment lui parle-t-on? Reçoit-il une écoute, mais aussi des limites et une autorité structurante? «Pour se construire, l’enfant a besoin de trouver sa place. Pour construire son langage, il lui faut quelqu’un à qui parler. On s’aperçoit souvent que le mode d’investissement de la communication va plus loin que les défauts d’articulation.»

«Dépêche-toi!»

Prenons le bégaiement, qui peut être lié au stress et à un rythme de vie qui ne convient pas à un enfant voire aux pressions temporelles dans l’organisation familiale. Vite, se lever. Vite, s’habiller et convaincre le petit de se glisser dans le jean sélectionné la veille. Vite, petit-déjeuner pour, vite, se dépêcher de sauter dans le bus pour être à l’heure à l’école ou chez la nounou. Une tension en continu qui n’aide pas l’enfant à se dire qu’il a le temps de parler tranquillement à papa et maman. «Le bégaiement peut également être lié à des attentes trop élevées, poursuit Christiane Roulet. La place dans la fratrie n’est pas anodine: les aînés se voient plus souvent chargés d’attentes parentales.» Si d’autres problèmes d’élocution peuvent attendre une certaine maturité de l’enfant, mieux vaut consulter au plus tôt pour le bégaiement.

Travailler avec la famille provoque des résultats étonnants. «La simple prise de conscience d’un fonctionnement engendre à elle seule des changements et fait bouger les choses, modifie les interactions entre les uns et les autres.» Et la logopédiste de rappeler ce qui paraît tomber sous le sens: pour que son enfant parle, il faut lui parler voire accompagner son silence et encourager ses mots: «Ah ben dis donc, tu n’as pas l’air content!» ou «Qu’est-ce que tu as voulu dire?». Chantal Bonvin, elle, remarque que certains sons n’ont simplement pas été acquis quand une maman consulte en disant qu’elle est la seule à comprendre son fils. La bonne nouvelle, c’est qu’à n’importe quel stade de développement, les choses peuvent changer. Y compris pour des adultes paraît-il…

Pour plus d’informations, consultez…

www.arld.ch en Suisse romande

www.logopaedie.ch en Suisse alémanique.

BON A SAVOIR :

Demandez conseil à un pédiatre ou à un logopédiste si…

De 0 à 6 mois

•  Votre bébé ne réagit pas aux bruits ou ne cherche pas, avec son regard, à entrer en contact.

A 2 ans

•  Son vocabulaire ne comprend que quelques mots difficilement compréhensibles.

•  Il n’associe pas encore deux mots pour constituer de petites phrases.

A 3 ans

•  Son langage reste difficilement compréhensible (gare à la «lolette» qui empêche la prononciation de certains sons comme le «l»!).

•  Il emploie peu de verbes et aucun article, adjectif ou préposition.

•  Il n’emploie pas le pluriel et ne construit pas de phrases.

A 4 ans

•  Votre enfant a du mal à commencer ses phrases ou répète syllabes ou mots.

•  Ses phrases sont courtes et mal construites.

•  On ne le comprend pas toujours.

•  Il a du mal à raconter des évènements simples et récents.

A 6 ans

•  S’il persiste des erreurs dans la production des mots et dans la construction des phrases.

Quel que soit son âge, faites attention si l’évolution du langage de votre enfant s’arrête brutalement ou s’il régresse au lieu de progresser.

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