Sévir, ou laisser vivre?

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Il est 12h. C'est l'heure du repas en famille. Gabriel, 2 ans, refuse de manger ses légumes. Il ne connaît encore que peu de mots, mais il y en a un qu'il connaît très bien: «NON!» Et il le dit sur tous les tons; ce scénario se répétant quand il faut enfiler ses chaus­sures pour sortir, quand il est l'heure de quitter le parc ou en­core au moment de prendre son bain. Ca y est, il est entré dans une phase d'opposition et il le fait savoir. Votre enfant cherche à vous tester, cela déstabilise for­cément. Quel parent ne s'est pas trouvé un jour démuni face à une telle situation? Parfois, les mots ou les actes dépassent les principes que l’on s'était fixés, comme en témoigne Pascaline: «Je suis passée par la case fes­sée, mais je l'ai très mal vécue. Je n'étais pas pour, mais j'ai cédé bêtement aux diktats en la ma­tière et reproduit ce que j'ai moi-même connu. Mais, on vit bien mieux sans! D'autant que cela ne fonctionne pas et aggrave même la situation.»

La communication au coeur de la stratégie

Pour ne pas en arriver là, il faut par­fois déployer une véritable straté­gie pour conserver son calme. C'est le cas de Florence: «Parfois, c'est dif­ficile: je prends énormément sur moi et je lui explique que je vais cinq minutes dans une autre pièce pour me calmer. Cette méthode fonctionne assez bien.» La clé du succès, prônée par nombre de pa­rents et de spécialistes de la petite enfance, est sans doute le dialogue et le fait d'expliquer aux enfants que si on leur donne des limites, ce n'est pas pour les punir, mais pour leur donner des repères. Une méthode qu’applique bien volontiers Pasca­line: «Avec ma fille, il faut toujours énoncer clairement la règle avant de faire quelque chose, la rappeler juste au moment de le faire et répé­ter ce schéma si elle commence à se braquer.» Expliquer mais aussi écouter. Adele Faber et Elaine Maz­lish, auteures du livre l'Atelier des Parents, conseillent une écoute empathique. Silvia Porret, anima­trice d’atelier Faber et Mazlish dans le cadre de l’Atelier Bien Grandir: «L’objectif est d’avoir un meilleur lien entre adulte et enfant. Quand on dit: "Ce n’est pas grave", l’enfant  a l’impression de ne pas être aimé et écouté. Il vaudrait mieux lui dire par exemple: "Je comprends, tu es triste d’avoir perdu ton animal de compagnie." L’enfant se sent alors compris. Le choix des mots est donc important. Autre exemple, s’il ne veut pas manger ses haricots: "Je peux entendre que tu n’aimes pas les haricots, mais il est important pour moi que tu manges équili­bré." Et prendre du temps pour écouter ce que l’enfant a à dire. Le noyau central de cette méthode, c’est l’estime de l’enfant.»

Punir?

Pour autant, peut-on punir un enfant qui fait une bêtise ou qui n'écoute pas? «Je n'aime pas le terme "punition". En cherchant dans le dictionnaire, on constate qu'il y a une idée d'humiliation. Au lieu de punir, je préfère dire que certains actes ont des conséquences naturelles.» Et Silvia Porret de donner un exemple concret, issu de sa propre expérience de mère: «Vous faites vos courses avec votre enfant. Au moment où cela se passe mal, vous proposez à votre enfant soit de marcher à côté du caddie, soit d'aller dedans. Si cela ne fonc­tionne pas, vous devez décider à sa place. Et s’il n'est pas d'accord et qu'il hurle, vous avez encore la pos­sibilité de laisser votre caddie vers les caisses et de quitter le magasin. La fois suivante, vous vous arran­gez pour faire garder votre enfant au moment où vous allez faire vos courses. Et vous lui expliquez: "Non, aujourd'hui j’ai besoin de faire mes courses tranquillement. Il y aura plein d'autres fois où tu pourras me montrer que tu peux rester tranquille à côté du caddie".» Silvia Porret a souvent constaté que grâce à cette technique, les parents ont conscience qu'ils ont encore droit à l'autorité. Et c'est une autorité saine et, le plus souvent, très efficace

Pour aller plus loin

• «Se faire obéir sans crier», Barbara Unell et Jerry Wyckoff , Editions Marabout Poche

• «J'ai tout essayé!», Isabelle Filliozat, Editions JCLattès.

Pour échanger

• L'association Pro Juventute répond par téléphone ou en ligne aux questions des parents. (www.projuventute.ch)

• Les membres de l'association Formation des Parents organisent régulièrement des cours et des rencontres entre parents pour échanger sur les questions d'éducation. www.formation-des-parents.ch (www.elternbildung.ch)

5 astuces pour simplifier le quotidien

Instaurer des rituels:
Votre enfant sera ainsi sécurisé. Il prendra tout de suite de bonnes habitudes et tout deviendra plus simple parce qu'il fera les choses naturellement.

Le face-à-face:
Pour que la règle de conduite soit bien comprise, il faut l'énoncer clairement. Se mettre à la hauteur de votre enfant pour lui parler face à face. Pensez à faire une phrase simple et unique.

Les points positifs:
Félicitez votre enfant. Il appréciera et cherchera à obtenir toujours plus de compliments de votre part.

Du temps pour chacun:
Pour que personne ne se sente délaissé, prenez autant que possible du temps avec chaque enfant séparément. Même si ce ne sont que 10 petites minutes.

Se justifier:
Pour respecter les interdits, l'enfant doit en comprendre les raisons. Il suffit donc de les lui expliquer.

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