A l'ère du numérique, comment initier les enfants à la lecture?

Enfant lecture tablette

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Comment lutter contre l’invasion des écrans, des réseaux sociaux et du numérique dans la vie de nos enfants? Comment limiter le pouvoir et l’influence d’Internet sur des êtres en devenir? Quelques pistes et réflexions pour donner à nos petits le goût de la lecture, de l’art et de la littérature.

Ils sont rivés devant leur écran à longueur de journée: tablettes, pc, smart phone, ils chattent, zappent, surfent. Tous les parents sont confrontés à l’invasion du numérique dans la vie de leurs enfants. Mais comment lutter contre ce phénomène tout puissant? Comment revenir en arrière et limiter l’usage de l’écran, pour faire découvrir à votre progéniture les joies de la lecture, de la littérature, des mots?

Depuis que les réseaux sociaux ont happé l’attention des enfants et des adolescents, deux mondes et courants d’éducation s’affrontent: l’ancien, lié au courant traditionnaliste où les enfants s’éduquaient par la lecture (apprentissage classique, latin-grec), qui prône l’éducation par la transmission (apprendre par cœur, lire, répéter); et le courant pédagogiste, qui prône l’éducation par le jeu, l’animation et nie les bienfaits de la discipline et des efforts dans l’apprentissage.

Ecrans et réseaux sociaux envahissants

En 2015, l’institut Ipsos a réalisé une étude pour mieux cerner l’usage des nouvelles technologies par les jeunes de moins de 19 ans. Le constat est sans appel: l’hyper-connexion des jeunes s’intensifie. Les adolescents (13-19 ans) passent en moyenne 13h30 par semaine sur Internet, contre 12h en 2012. Cette augmentation est également décelée chez les plus jeunes: 5h30 pour les 7-12 ans, contre 4h50 en 2012, et même 3h40 contre 2h10 en 2012 pour les enfants de 1 à 6 ans. Chaque mois, près de 300 milliards de pages s’y affichent. Et cette hyper connectivité s’est accrue depuis avec les nouvelles applications sur smart phone. 

Une pièce de théâtre «Sans le savoir » de Messaoud AZEROU (compagnie Art'Monie) actuellement à l’affiche au Théâtre Le Sel de Sèvres(Paris) évoque l'impact des nouvelles technologies dans nos vies.
Bannissant tout critère social, démographique ou communautaire, l'écran se révèle être un facteur déterminant dans nos vies et dans celles de nos enfants. Prévenir, dénoncer ses méfaits sans le diaboliser, inviter à le considérer comme un outil, la pièce «Sans le savoir» se veut être un instrument citoyen et éducatif ouvrant une réelle réflexion pour mieux appréhender ces nouveaux instruments de communication.
La psychologue clinicienne. Sabine Duflo s’est exprimée sur le sujet: «Nous sommes devenus sans le savoir, depuis la création de la TV et plus généralement l’envahissement de nos vies par les écrans, des êtres sous influence. Nous croyons parler, penser, choisir, aimer, désirer librement. Il n’en est rien. La fréquentation continue des écrans depuis notre plus jeune âge a fait de beaucoup d’entre nous, enfants, adolescents, hommes ou femmes des êtres sous influence, des pantins dont les PDG des grandes chaînes et les géants du net tirent les ficelles. Ceux qui nous divertissent, parlent dans un flot continu de mots et de sons derrière un écran et nous ont fait perdre tout esprit critique et rompre avec ce principe millénaire que l’humanité en l’homme ne se forge qu’au contact d’autres hommes».

Donner l’exemple et l’envie

Nous savons bien que la transmission passe par l’exemple. Des parents mentalement absents, connectés en permanence à leur smart phone et à Internet ne donnent pas l’exemple à leurs enfants, qui apprennent tout d’abord en imitant. Il s’agit ici de les inciter à aller en librairie et à la bibliothèque, d’organiser ce genre de virée comme un jeu ou une activité passionnante, en partageant avec eux ce plaisir. Ils découvriront la joie d’aller chercher un ouvrage, de tourner les pages, tout le côté charnel et sensuel du papier et de son odeur. Et développeront leur curiosité et leur esprit de recherche. On peut aussi les emmener au théâtre: plus ils sont initiés tôt et plus ils seront attirés par le plaisir de découvrir de beaux textes. De nombreux enfants (dès 12 ans) sous l’influence de parents et professeurs ont eu tout récemment le plaisir de découvrir la légendaire pièce Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, qui se jouait au Théâtre de Carouge (Genève), du 31 octobre au 1er décembre. Un beau spectacle de 3 heures, qui a ébloui les yeux des enfants venus très nombreux, avec leurs camarades!

Contes et histoires: transmettre par la parole

Nous sommes nombreux à garder en mémoire le temps béni où notre mère ou grand-mère nous racontait des histoires pour nous aider à nous endormir. Le petit Chaperon rouge, La Belle au bois dormant, Cendrillon, les Mille et Une Nuits, etc. Le grand psychanalyste autrichien Bruno Bettelheim (spécialisé dans les thérapies pour enfants autistes) en a fait un livre en 1976, en publiant «Psychanalyse des contes de fées», devenu depuis un classique du genre au large retentissement. Un univers enchanté de contes et d’histoires qui nous semble bien loin…. Contrairement à ce que l’on affirme trop souvent, les contes de fées ne traumatisent pas les enfants: au contraire, ils les initient, les émerveillent, développent leur imaginaire; ces histoires merveilleuses ou effrayantes racontées avec émotion par un parent répondent de façon précise à leurs craintes et angoisses en les informant des épreuves à venir et du parcours initiatique de leur vie future.

Et cela, avec une influence bien plus profonde et plus utile que n’importe quel écran.

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