Les enfants et la télé : un équilibre à trouver

Les enfants et la télé : un équilibre à trouver

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Les émissions dédiées aux plus jeunes sont omniprésentes à l’écran. Généralistes ou ciblées, publiques ou privées, rares sont les chaînes dépourvues de plages jeunesse. Certaines en ont même fait leur thématique centrale, à l’instar de l’Américaine Nickelodeon ou des Françaises Tiji et Gulli, qui diffusent nuit et jour une palette de divertissements survitaminés. Autant de tentations pour l’enfant, mais aussi pour les parents, à qui il arrive de voir dans la petite lucarne un dérivatif bien pratique aux débordements de leur chère progéniture.

Attention, danger!

Le recours à la télévision apparaît comme une solution de facilité dangereuse si l’on en croit les études les plus récentes. Celles-ci s’accordent toutes sur les effets néfastes d’une consommation mal gérée. Surpoids, problèmes de concentration, diminution de la capacité d’apprentissage et appauvrissement de l’imaginaire ne sont en effet que quelques-uns des troubles rencontrés par les bambins soumis à un trop plein de télé. Et le risque ne se situe pas seulement dans la surconsommation: face au poste, l’enfant est démuni. Il capte les images, les ingère et les assimile sans forcément avoir la capacité de les appréhender correctement. Ce qui peut l’amener à manifester de l’angoisse, de l’agressivité, quand son sommeil ne s’en trouve pas perturbé. «Le problème de la télévision, c’est qu’elle est unilatérale», explique le docteur François Hentsch – médecin adjoint, responsable de la consultation multidisciplinaire du psycho-développement du Service de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent aux Hôpitaux universtaires de Genève. «Lorsque l’enfant joue avec quelqu’un, il y a une interaction, un échange. La télévision, elle, ne tient pas compte de ses réactions, de ce qu’il ressent. Quoi qu’il fasse, le programme continue.»

Privilégier l’encadrement

Face à ce tableau bien sombre, d’aucuns pourraient être tentés d’éradiquer toute présence du poste de leur foyer. A tort! Car en croyant protéger leurs chères têtes blondes, ils risquent de faire naître d’autres problèmes, notamment sociaux, le partage de l’expérience télévisuelle avec leurs copains constituant un facteur d’intégration. La solution? Un accompagnement parental adapté, qui permettra de minimiser les dégâts, tout en offrant à l’enfant l’opportunité de profiter intelligemment des plaisirs du petit écran. Première règle: fixer des limites. A commencer par le temps, réparti en plusieurs tranches horaires, qu’il pourra y consacrer chaque jour. Et là, tout dépend de l’âge. «Dès 3 ans, on peut autoriser l’enfant à regarder la télé une demi-heure par jour, et encore, pas tous les jours, estime le docteur Hentsch. Puis, à partir de 5 ans, on peut passer à une heure, ce qui est déjà énorme.» Quant aux 7 ans et plus, les spécialistes considèrent qu’on peut leur accorder jusqu’à une heure et demie d’écran au quotidien, ordinateur et jeux vidéo inclus. Vient ensuite le moment de choisir, en concertation avec eux, ce que nos chérubins vont avoir le droit de regarder. Une opération qui peut s’avérer délicate, considérant que ce qui plaît aux plus jeunes n’est pas forcément du goût des adultes. L’idéal consiste alors à engager le dialogue pour tenter de comprendre pourquoi votre progéniture apprécie un programme, ou mieux, à le visionner avec lui tout en échangeant vos points de vue. Et s’il advient que vous décidiez d’interdire, expliquez toujours vos raisons.

L’importance du partage

D’une manière générale, passer du temps devant le poste avec nos bambins est essentiel si l’on souhaite qu’ils en retirent quelque chose. «Le processus d’apprentissage des enfants est complexe, explique le docteur Hentsch. Dépendant de la fonction communicative, il se fait au travers de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, mais aussi de ses sensations, de son ressenti de l’effet qu’il fait sur l’autre.» Autrement dit, l’interaction est primordiale. Or, la télévision est un médium passif. Et les efforts des chaînes, qui tentent de pallier le problème à coups de programmes éducatifs n’y changent rien.  «Le souci, c’est quand les parents comptent sur ce genre d’émissions pour apprendre quelque chose à leurs enfants», remarque François Hentsch, qui souligne qu’en matière d’apprentissage, même les meilleurs programmes ne font pas le poids face à une séance de jeu, fut-elle solitaire. En revanche, on peut toujours profiter d’une telle diffusion pour stimuler la curiosité de son bambin, le pousser à réagir et voir ce que qu’il en aura retenu. Dans la même optique, proposez-lui régulièrement de découvrir une émission, un dessin animé ou un DVD inédits. Outre le bonheur d’être ensemble, ce moment partagé vous permettra de lui faciliter l’accès à des univers encore inconnus. Il pourra ainsi poser les questions qui lui passent par la tête, se rassurer s’il a peur, échanger rires et sourires… Et revoir plus tard ces images en boucle, tout seul, comme les petits aiment le faire, sans risque ni entrave.

Conseils TV

Quand?

En termes d’horaires, on préfèrera allumer le poste en fin de journée, tant il est vrai que la télévision constitue tout à la fois un facteur de déconcentration, à éviter le matin avant la classe et avant les devoirs, ainsi qu’une source d’excitation, à éradiquer juste avant le coucher.

Où?

Cela peut sembler évident, mais il est toujours bon de le rappeler. L’utilisation de la télé devant être encadrée, celle-ci ne sera en aucun cas installée dans la chambre de l’enfant. Le poste trônera dans le salon, lieu de partage par excellence.

Quoi?

Pas facile de s’y retrouver dans la jungle des programmes jeunesse. En matière de choix, on se reposera donc sur ses valeurs et sur ses goûts, sachant que les plus petits préfèrent les émissions courtes et vivantes. Quant à l’âge, la signalétique a fait ses preuves et constitue un indice fiable.

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