«Je serai propre quand je serai grand»

«Je serai propre quand je serai grand»

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Votre enfant est-il propre?» appartient au registre des questions toxiques redoutées de tous. Les parents se sentent soudain jugés eux-mêmes, comme si la maturité de la vessie de leur enfant dépendait de la qualité de leur éducation. Il est pourtant impossible de généraliser l'apprentissage de la propreté puisqu'elle est intiment liée à l'évolution physiologique de l'enfant. 

La propreté en 3 étapes

La première condition pour apprendre à son enfant à abandonner les couches avec succès est de se débarrasser de toute pression sociale. L'âge de la propreté ne remet pas en cause l'éducation promulguée par les parents. La deuxième condition requiert d'être à l’écoute de l’évolution physiologique de son enfant. Chacun a une maturité différente. La troisième condition consiste à expliquer à l'enfant les avantages de ne plus porter de couches et le sens de votre démarche. Et éventuellement à le motiver en lui proposant d'aller acheter un pot ou des sous-vêtements qu'il pourra choisir lui-même et qu'il sera fier de porter. Nicole se souvient d'une situation cocasse lorsque son fils, très fier du Batman sur son tout nouveau caleçon, a baissé son pantalon en plein magasin pour le montrer à la vendeuse. Elle a alors eu l'occasion d'expliquer les nouvelles prouesses de junior, aussi fort que Batman en matière de pipi!

Riches de ces quelques enseignements, tout devrait se passer pour le mieux pour toute la famille. Pédiatres et parents expérimentés dédramatisent la situation.

Apprentissage parental

Maman de trois enfants, Céline Dugerdil rit des craintes qu'elle a nourries pour l'apprentissage de la propreté de son premier enfant. Au fil des ans, elle a appris à relativiser! «Quand Aloïs avait 18 mois, nous 

avions été blessés par une remarque désagréable de notre entourage sur le fait qu’il n’était pas propre. Nous avions dès lors essayé de le mettre sur le pot, mais nous avions vite renoncé et repris les couches. Je pense que c’était une erreur car il n’était pas prêt. A y repenser, on aurait du l’observer davantage. Pour son petit frère, aucune pression: à 2 ans et demi, il allait au pot pour faire comme les grands de la famille. Et à 3 ans et demi, quand il avait encore quelques accidents, je lui ai dit une fois que je ne voulais pas laver quinze slips par jour, alors soit il était propre, soit il remettait des couches; il a couru chercher les couches pour les cacher!»

Une maturité physiologique

Etre propre ne relève pas seulement de la volonté des parents et de l’enfant. Le contrôle de la vessie est d’ordre physiologique. Catharina Huerlimann, pédiatre à Sion, explique: «Chez l’enfant, contrôler sa vessie est similaire à l'acquisition du langage, c’est un système qui doit mûrir. Les parents doivent intégrer le fait que la vessie est liée au système nerveux et l’enfant doit comprendre que l’on peut remplir la vessie et que, lorsqu’elle est pleine, il faut la vider en allant aux toilettes.» Pour l'expliquer aux enfants, Madame Huerlimann aime la comparaison avec le ballon gonflable. Chez un nourrisson, dès qu’il y a de l’eau dans la vessie, elle ressort de suite; chez un enfant ou un adulte, il y a comme un nœud contrôlé par le cerveau, qui ne laisse passer l’urine que par un ordre volontaire.» Et pour parvenir à ce contrôle, il faut une connexion neuro-motrice: Il faut qu’un système se mette en place pour détecter le message et le traduise par le besoin de vider la vessie en lâchant le périnée. Et ce n'est que lorsque la connexion neuro-motrice est opérationnelle que l’acquisition de la propreté peut commencer. 

Est-il prêt? 

Le plus difficile est de détecter le moment de cette maturité. Pour Catharina Huerlimann, «tant que la couche reste bien pleine, il est inutile d’encourager l’enfant à être propre. Les accidents seraient alors à craindre. Il faut observer le moment où la couche commence à rester presque sèche, preuve d’un début de contrôle de la vessie.» Et à ce stade, il faut choisir sa propre méthode. Pot ou WC, réducteur de cuvettes ou non. Séjour estival les fesses à l'air ou récompense à la clé. Toutes les méthodes se valent pour autant quelles conviennent aux parents et aux enfants. Le raisonnement de Laurence Cutellod, maman de Anakim, 10 ans, Kenan, 6 ans, et Klarisse, 4 ans, illustre ce choix: «Pour chacun de mes enfants, à partir de 2 ans, j’ai attendu l’été, je les ai mis en culotte et, s’ils se mouillaient plus de deux fois dans la journée, je remettais la couche. Et j’essayais à nouveau le lendemain. J’avais disposé des pots à différents endroits de la maison et du jardin, à l’abri des regards pour qu’ils soient tranquilles. Aucun stress, la seule contrainte aurait été d’être propre à 4 ans pour les débuts de l’école un an plus tard, si ça n'avait pas marché. J’avais le triste exemple de ma sœur qui vit en France, et qui a très mal vécu le stress de rendre sa fille «propre» pour la mettre à l’école à 2 ans. Elle en a pleuré de détresse. Je voulais éviter de vivre le même traumatisme.»

Accidents à l'école 

Rendre son enfant propre ne doit pas se transformer en situation de stress ou de traumatisme familial par des comportements autoritaires. «Je rassure toujours les parents» dit Catharina Huerlimann. En vingt années d’exercice dans mon cabinet à Sion, je n’ai jamais rencontré d’enfant qui n’était pas propre pour l’entrée à l’école à 4 ans.»

Parfois, les enfants multiplient les accidents à l’école simplement parce qu’ils n’ont pas compris qu’il fallait demander d'aller aux toilettes à l’institutrice ou ont peur de le demander. En début de scolarisation, nombre d'entre eux crient «j’ai fini!» pour être essuyés. Il est donc important d'habituer son enfant à être autonome avant le début de l'école. Mais attention, remarque la pédiatre: «L’enfant a souvent du mal à se sécher et se nettoyer tout seul, il peut frotter trop fort ou répandre des selles sur ses organes génitaux. Il a un long corps et des bras assez courts. Je conseille aux parents de le laisser faire puis de contrôler et de l’aider. A l’école, il faut l'encourager à exprimer à la maîtresse son envie d’aller aux toilettes. Il faut également lui expliquer qu’il faut qu’il s'essuie tout seul car la maîtresse ne peut aider tous les élèves en même temps. Et il ne faut pas hésiter à changer sa culotte, si possible, le midi à la maison, si elle est un petit peu sale.» 

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