Lire, c’est magique !

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Dans un monde idéal, tous les enfants débuteraient l’école avec une soif d’apprendre, un désir irrépressible de savoir lire. Or, les écoliers ne sont pas des produits manufacturés et présentent tous des développements différents. On peut pourtant les aider un peu.

Coup de pouce

Il faut commencer par créer un terrain propice à l’apprentissage. Des enfants habitués depuis leur plus jeune âge à écouter les belles histoires contées par leurs parents, familiers avec des livres leur ouvrant l’horizon des couleurs, des heures, des saisons, ou mieux encore clients réguliers des bibliothèques municipales, auront un désir d’apprentissage accru. Si de plus, à la maison comme en vacances, ils ont vu souvent leurs père et mère, le nez plongé dans un bouquin, leur curiosité est piquée, ils imitent illico les adultes en prenant un album et en faisant semblant de le lire à leur nounours.

Interrogés sur leur désir de lire, ces petits évoquent mille raisons: «Parce que je veux lire tous les livres qui sont à la maison; pour apprendre des choses sur les nuages, les escargots, les dinosaures.» Ainsi, démontrent-ils non seulement leur motivation mais aussi qu’ils ont parfaitement compris les fonctions de l’écrit et les possibilités offertes par la lecture.

Essentielle, cette première étape va servir de base pratique à l’acquisition de la lecture. Mieux encore, à force de lire des ouvrages avec leurs parents, ces petits se familiarisent en douceur avec la langue du récit, différente de celle du langage parlé ordinaire et découvrent, mine de rien, le passé simple mais aussi une syntaxe plus complexe, un vocabulaire plus savant.

Reste que dans le monde réel, beaucoup d’enfants s’endorment avec la télévision pour compagne… Des gosses qui, parfois, n’ont ni livres, ni crayons de couleur à la maison. Des bambins qui grandissent sans voir leurs parents lire le moindre livre.

Rien d’étonnant si ces mêmes enfants ne voient pas les avantages que peut procurer le savoir-lire: l’accès à l’autonomie, aux connaissances, à la culture.

Un décalage saisissant

C’est dire si les différences sont criantes lorsque tous ces enfants arrivent en première année primaire.

«A l’entrée en première primaire certains enfants savent déjà déchiffrer les mots et d’autres pas. Cela dépend à la fois des maîtresses et de la culture des enfants, explique Christel Borlat Corbaz, enseignante et doyenne de cycle primaire dans un quartier connu pour sa pluri-culturalité. «De ce fait, on répartit généralement les enfants en trois groupes de lecture.

Mais au terme de leur première année et à raison de 6 périodes de 45 minutes par semaine, ils sont à peu près tous au même niveau, du moins on y tend… Car au terme de la première année primaire, les enfants doivent savoir lire. Parce qu’en 2e année, ils auront des fiches qu’ils devront être capables de lire mais aussi d’en comprendre le sens. Pour cette raison, certains mauvais lecteurs devront refaire leur 2e année.» Avec l’entrée en vigueur du système Harmos (prévue en 2012-2013), la familiarisation à la lecture deviendra un des objectifs à atteindre à l’école enfantine.

Une école enfantine, désormais obligatoire, au sein de laquelle sera enseignée une seule méthode de sensibilisation à la lecture.

Aux parents de jouer leur rôle

Faire de son enfant un bon lecteur, tel est le voeu de bon nombre de parents.

Pour y parvenir, rien de tel que de verbaliser tout ce que l’enfant voit, de le laisser jouer avec des magazines, des livres cartonnés ou en tissu, de lui raconter mille et une histoires. Interactions qui doivent se dérouler «dans un contexte de plaisir et non pas de devoir, précise May Demaurex, logopédiste scolaire. Avant l’école enfantine, il faut le laisser vivre, ne pas en faire un petit singe savant, un petit adulte avant l’heure! D’autre part, il faut que les parents n’aient pas des attentes trop élevées, trop éloignées du réel. Et s’ils en ont, il s’agit de dédramatiser.» Sophie Dournon, logopédiste, préconise aux parents de ne pas apprendre à lire à leur enfant.

«Ce n’est pas leur rôle. L’école apporte la pédagogie nécessaire à cet apprentissage. Par-contre, ils doivent encourager l’enfant en jouant sur les lettres et les sons, le stimuler afin de développer, d’enrichir et de structurer son langage oral.» De son côté, Christel Borlat Corbaz dresse un constat peu flatteur des parents: «Le nombre de parents qui sont atterrés en apprenant qu’ils devront faire de la lecture à leur enfant et l’aider dans cet apprentissage est inimaginable !

Ils ont tendance à se reposer complètement sur l’école. A l’inverse, dans certaines zones privilégiées, les parents s’impliquent à fond et prennent en charge les enfants afin qu’ils sachent lire à l’école enfantine.» Bref, entre le laxisme et la compétition précoce, les parents doivent s’efforcer de trouver le juste milieu. Et se souvenir avant tout que l’apprentissage doit se faire dans la bonne humeur.

Apprendre en s’amusant

La mission de l’école d’aujourd’hui consiste à enseigner le savoir bien lire, c’est-à-dire lire correctement, sans trébucher et en comprendre le sens, tout en faisant découvrir le plaisir de lire. Un défi amorcé déjà en enfantine où les enfants sont sensibilisés au monde de l’écrit, via diverses activités adaptées aux rythmes et aux capacités de chaque enfant. Il existe aujourd’hui des méthodes très ludiques. Les classes romandes sont nombreuses à utiliser la méthode «Planète des Alphas» pour s’amuser tout en s’initiant à l’alphabet. Chaque lettre est personnifiée et le personnage, l’animal ou l’objet qui la symbolise émet le son qui lui correspond: le «u» est une Fifi Brindacier criant «uuu» sur son cheval, ses nattes relevées en forme de «u», le «s» est un serpent siffleur qui fait «sss», etc. Le lien entre le son et la lettre se tisse plus rapidement. A l’étape supérieure, la méthode la plus couramment utilisée en Suisse est défi nie comme une méthode mixte. Elle permet de travailler simultanément le plus petit élément – la lettre – et le tout – le texte – tout en intégrant l’acquisition du système alphabétique et la compréhension du sens. Issus de cette méthode, «L’île aux mots» ou «Grindelire» seront appliqués, selon le choix des enseignants, dans le cadre d’Harmos dès l’an prochain.

A chacun son rythme

Rien ne sert de s’acharner avec un enfant qui n’a pas la maturité nécessaire.

Pour pouvoir aborder effi cacement l’apprentissage de la lecture, certaines compétences préalables doivent être acquises tant du point de vue intellectuel que du point de vue psychomoteur: compréhension du langage, aptitude à l’analyse et à la synthèse mais aussi latéralisation et motricité fi ne, conscience phonologique (capacité à manipuler les unités sonores de la langue – faire des rimes, mettre les mots à l’envers, syllaber le mot). Chaque enfant se développant à son rythme, des décalages sont fréquents en classe: autant certains élèves se lancent hardiment dans le monde de l’écrit, autant, pour d’autres, l’exercice s’avère laborieux.

Un décalage que constate souvent May Demaurex, logopédiste scolaire: «Dans ma pratique, je repère très bien ceux qui sont prêts à aborder cet apprentissage et ceux qui ne le sont absolument pas.» Peut-être est-ce lié à leur âge qu’il faut prendre en considération.

Car, entre un enfant né en décembre et son voisin de pupitre qui a vu le jour en janvier, il y a un an de différence et à cet âge-là, ça compte beaucoup. Autrement dit, rien de plus normal si le plus jeune peine davantage que le plus âgé.

Quelques obstacles franchissables

Un brin plus préoccupant est le cas de l’enfant qui ne manifeste pas l’envie de grandir: il aime être chouchouté à la maison, est incapable de s’habiller ou de se laver tout seul. Or, pour apprendre à lire, il faut vouloir grandir.

C’est d’ailleurs le meilleur moteur d’apprentissage. Autre cas de fi gure: l’enfant pris en tenaille entre ses parents et l’enseignante. Si les parents ont tendance à critiquer la maîtresse ou si celle-ci dénigre sa famille, il ne sait plus qui croire, ni que faire. Le lien entre parents et école est d’autant plus important que l’enfant doit comprendre ce qu’on attend de lui.

Lors de problèmes de reconnaissance des lettres, lorsque les enfants confondent le «b» et le «d», le «p» et le «q», «re» et «er»… ou lorsqu’un enfant rencontre des diffi cultés durables en lecture, mieux vaut d’abord en parler avec l’enseignante.

Puis, pour exclure toute cause sensorielle, emmener l’enfant chez un ophtalmologue et un ORL qui examineront sa vue et son audition. Si l’ouïe est en parfait état et que les diffi cultés d’apprentissage perdurent, les parents feraient bien de demander de l’aide auprès d’une logopédiste. «Mieux vaut faire un bilan sans suite que rien du tout», souligne Sophie Dournon.

«Pour ma part, confi e May Demaurex, je conseillerais également aux parents de ne pas se laisser séduire par le petit défaut de prononciation ou d’articulation de leur enfant mais d’agir rapidement. Car plus on attend, plus c’est diffi cile à rééduquer. » Et pourtant ch’est chou les cheveux chur la langue...

Faire de la lecture un plaisir

1. Lisez à votre enfant chaque jour des petits articles, des histoires ou des contes.

2. Evitez le langage «bébé», soignez votre vocabulaire afi n d’enrichir le sien.

3. Même s’il lit et écrit tout seul, le lecteur en herbe a besoin d’être accompagné.

4. un bon moyen pour le préparer à la lecture est de jouer avec les mots, via des devinettes, des charades, des phrases à trous à compléter ou des phrases mélangées à remettre dans l’ordre.

5. N’oubliez jamais que l’association adulte/enfant est le meilleur moteur d’apprentissage.

6. Ne ménagez pas vos encouragements afi n que l’apprenti-lecteur se sente soutenu.

7. Valorisez ses réussites, jouez la complémentarité avec l’école et entretenez une relation sereine avec le corps enseignant.

8. Emmenez-le dans les librairies, à la bibliothèque «Jeunesse».
Abonnez-le à un magazine voué à un domaine qui le passionne.

9. organisez un relais de lecteurs le soir au coucher: le père, la mère, la grande soeur, la grand-mère, la nounou.

10. Installez un coin propice à la lecture avec coussins moelleux et couverture douillette.

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