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Des «envies» qui font
taches

Surnommés «envie», «fraise», «aigrette» ou encore
«baiser de l’ange», les angiomes peuvent être un handicap
pour l’enfant. Faut-il s’en inquiéter, intervenir ou
laisser faire la nature? Réponses d’une spécialiste.
«Je ne veux pas qu’on me
prenne mon coeur» s’est exclamée
Flavie* du haut de
ses cinq ans, la main posée sur sa
mâchoire ornée d’un petit angiome
en forme de coeur. Ses parents, qui
envisageaient un traitement visant
à résorber cette tache, en sont restés
baba. «Parce que si je me perds,
a expliqué ce petit bout, maman me
retrouvera grâce à mon coeur.» Témoin
de la scène, Judith Hohlfeld,
médecin-chef du service de chirurgie
pédiatrique du CHUV n’a pas
été autrement étonnée: «Il arrive que
des enfants considèrent leur angiome
comme faisant partie de leur identité.
A l’inverse, si la tache est bien visible,
elle peut être très handicapante pour
l’enfant, car elle est source de curiosité
à la crèche comme à l’école. A la
longue, cela peut générer un complexe
chez l’enfant et la gêne pour les
parents à qui on demande si l’enfant
s’est blessé.» Judith Hohlfeld sait de
quoi elle parle, sa fi lle ayant eu une
aigrette du front assez importante.
«On n’a jamais passé la caisse d’une
grande surface sans que quelqu’un
me dise: «Oh! Mais qu’est-ce qu’elle
a, la petite? Elle est tombée? A force,
ça devient lourd de devoir tout le
temps faire face aux questions.» Forte
de cette expérience, elle avertit les
parents de jeunes bébés qui seront
amenés à subir questions incessantes
et regards ambigus.
Quel est le pourcentage d’enfants touchés par un angiome?
Dans notre pays, c’est un enfant sur
dix. Les prématurés courent plus de
risques d’avoir un angiome que les
bébés nés à terme. Certains facteurs
familiaux entrent en jeu. Il y a des
familles où les angiomes sont plus
fréquents que dans d’autres.
Quelles sont les
caractéristiques des
angiomes plans?
Ces angiomes qu’on appelle aussi
capillaires ou taches lie-de-vin sont
plats et présents dès la naissance. Ils
couvrent un certain territoire, durent
toute la vie et ont tendance à se dégrader
avec l’âge, d’où l’importance
de traiter les enfants avant l’adolescence.
Quels sont les signes
distinctifs des angiomes
tubéreux?
Classés sous le terme d’hémangiomes,
ils sont les plus fréquents et apparaissent dès les premières semaines
de vie. Ils grandissent durant
8 à 12 mois puis, après une phase de
stabilisation, variant de quelques
mois à quelques années, entament
une phase de régression et se résorbent
vers l’âge de 7-8 ans. Toutefois,
ce type d’angiome laisse parfois des
séquelles qui peuvent être améliorées
par un traitement au laser.
Est-il exact que la plupart des
angiomes sont bénins?
Oui, il s’agit de malformations des
vaisseaux sanguins et les angiomes
plans situés sur le front ou la tête sont
rarement associés à une anomalie
vasculaire plus profonde.
Si un petit a un angiome,
faut-il patienter ou intervenir
le plus tôt possible?
Quand les pédiatres m’envoient
l’enfant, je ne fais généralement pas
de traitement d’emblée. J’observe
l’enfant, je prends des photos et des
mesures de la tache et on se revoit
un mois plus tard. On attend parfois
jusqu’à huit mois. Si la tache régresse,
il n’y a plus de raison d’intervenir. Sinon,
je revois régulièrement l’enfant
avant de décider un traitement avec
les parents.
Dans votre consultation, on
croise des enfants venant
de toute la Suisse…
Oui, car le service de chirurgie
pédiatrique du CHUV dispose
d’un laser depuis dix ans et a été
le précurseur dans ce domaine.
Auparavant, on intervenait avec
la cryothérapie (application de
froid) qui laissait des cicatrices.
A l’heure actuelle, on pratique
des interventions au laser un
jour et demi par semaine sur des
enfants.
A partir de quel âge, peut-on
envisager ce type de
traitement?
Sur des bébés de 2 à 6 mois, et même
avec des prématurés encore à la maternité,
pour lesquels on intervient de
manière très légère afin de stopper la
prolifération. On les revoit un mois
plus tard pour vérifier que tout est
ordre. Sur les petits enfants ayant des
lésions très importantes, on procède
à une anesthésie légère pour la durée
de l’intervention qui se pratique
en ambulatoire. Suivant l’ampleur
de l’angiome, plusieurs séances au
rythme d’une par mois sont nécessaires
de même qu’un suivi mensuel
jusqu’au terme de la phase de prolifération
ou du dessèchement naturel
de la tache.
Ce traitement vise-t-il
seulement les angiomes
faciaux?
Non, certains localisés sur le corps
peuvent être gênants comme ceux
situés à hauteur des couches culottes
qui peuvent saigner à force de frottements.
Et un angiome qui saigne peut
être dangereux.
Outre le laser, à quel moyen
faites-vous appel?
On peut intervenir chirurgicalement
soit sur des séquelles, soit sur des
angiomes très gênants chez le petit
enfant, par exemple, lorsqu’il s’agit
d’un gros angiome en plein milieu
du front.
*Prénom fictif |