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La sucette, pour ou contre



Dans un café de parents, plusieurs mères discutent de l’utilisation de la sucette. Elles sont d’accord pour dire que celle-ci peut faire des miracles. Souvent, on se dit qu’on ne va l’utiliser que dans des situations « extrêmes », lorsque l’enfant crie longtemps et ne peut pas se calmer ou s’endormir. Cependant, on peut vite se détourner de ses bonnes résolutions. La conséquence en sera que l’enfant demandera la sucette de plus en plus souvent... il criera, le niveau de bruit augmentera, on donnera la sucette pour calmer les enfants et surtout les nerfs des adultes... un cercle vicieux.

Le stratagème du lapin de Pâques

Une mère de deux garçons (Luc, 3 ans, et Jon, 5 mois) raconte ses expériences récentes : « Juste avant son troisième anniversaire, Luc a donné sa sucette au lapin de Pâques et a reçu un grand ballon en échange ». Pour préparer Luc à cette étape, ses parents avaient coupé quatorze lapins de carton qui représentaient le nombre de jours jusqu’à Pâques.

Ainsi, chaque jour un lapin disparaissait, et Luc pouvait voir que l’événement se rapprochait, même si ses parents étaient conscients qu’un enfant de trois ans ne peut pas saisir la conséquence de ses actions. Il ne sait pas , par exemple, qu’une fois donnée au lapin, la sucette est partie pour toujours. « Pour toujours », c’est combien de temps ? peut-il demander. Mais, dans ce cas, les parents ont décidé que « la sucette devait partir ». Fière, la mère de Luc l’a félicité pour sa capacité à accepter ce changement. Après quelques jours, il commence déjà à mieux s’exprimer, car la sucette l’empêchait de bien prononcer les mots. Lorsqu’il est fatigué, il ne dit plus « sucette, sucette » comme avant, mais « fatigué, fatigué ».

Mais, non sans une certaine inquiétude, la mère constate que son fils, qui s’est toujours endormi facilement, a en ce moment des diffi cultés d’adaptation. Les parents ont introduit un nouveau rituel pour faciliter le sommeil auquel Luc s’habitue petit-àpetit. Pourtant, la mère semble avoir mauvaise conscience : « Mon fi ls était dépendant de la sucette à cause de moi et maintenant je lui ai enlevé son calmant ».

Par l’usage permanent de la sucette, les bébés développent peu de stratégies pour apprendre à se calmer. Mais heureusement, ils peuvent le faire encore plus tard. Toutefois, les parents doivent oser faire ce pas tout en soutenant l’enfant. La mère de Luc a décidé d’utiliser la sucette aussi avec son deuxième enfant. En même temps, elle a l’intention de lui montrer d’autres possibilités pour se calmer (sucer sa propre main, avoir une peluche qui le consolerait…) et de commencer plus tôt la « désaccoutumance à la sucette » qu’avec Jon.

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Mettre des limites et dire comment

Deux enfants s’amusent à glisser sur le toboggan. A chaque fois, leur maman les rattrape en bas et ils remontent. Cette fois, la soeur est déjà assise sur le toboggan, mais son petit frère essaie de se faufi ler pour la dépasser. La petite fi lle commence à crier et taper son frère. Leur mère observe un moment la situation, avant d’aller vers eux. Elle regarde sa fi lle en disant : « Je sais que tu ne veux pas que ton frère te dépasse. En même temps, je ne veux Mettre des limites et dire comment pas que tu le tapes. Tu peux lui dire que tu ne veux pas être dépassée ». Et au fils : « As-tu entendu ? Elle ne veut pas que tu fasses ça… ».

Les parents présents ont bien entendu ce message complet. Au lieu de dire seulement « ne tape pas », la mère a montré à l’enfant comment il devait se comporter et a aussi pris en compte son besoin de ne pas être dépassé. Souvent, les enfants entendent ce qu’ils ne peuvent pas faire, mais plus rarement ce qu’ils peuvent faire. Voici quelques exemples pour montrer à l’enfant comment il doit se comporter, au lieu de dire seulement « Non ! Ne fais pas ça ! ». Quand un enfant saute sur le canapé : « Regarde, ici tu as un escabeau et tu peux sauter ». Quand un enfant insulte les autres : « On a bricolé un « anneau à colère » ensemble : tu peux jurer dans cet anneau, mais pas vers ton frère ». Quand un enfant veut sortir sa colère : « Ici, tu as un coussin sur lequel tu peux taper ». A table, quand un enfant se lève sans arrêt : « Nous sommes à table, reste assis avec nous jusqu’à ce que ton assiette soit vide ».

Mettre des limites, ce n’est pas seulement dire non. C’est aussi expliquer et montrer à l’enfant ce qu’il peut faire et ce que nous attendons de lui.

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Texte : Charlotte Leclère, psychologue clinicienne

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Ces histoires sont des « séquences » extraites des rencontres que l’Education Familiale organise dans le canton ; elles traitent des compétences éducatives des parents.