| On n’enfante plus dans la douleur |
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Donner naissance en souffrant est devenu obsolète. La péridurale a changé la face de l’accouchement. Trois spécialistes donnent leur point de vue contrasté sur cette évolution.
Texte: Patricia Bernheim
Aujourd’hui, les femmes qui mettent au monde un enfant sans péridurale font presque fi gure d’exception. En Suisse romande en tout cas, où elles sont entre 95 et 100% à y avoir recours lorsqu’elles accouchent dans le cadre d’une clinique et 70 à 80% dans celui d’un hôpital. En Suisse alémanique, le clivage est un peu moins important: le taux est de 60% pour les hôpitaux de Zurich, de 30% au Tessin et de 13% dans le canton d’Appenzell. Une disparité qui refl ète essentiellement une différence culturelle, similaire à celle que l’on peut retrouver à l’échelle européenne. Le point de vue des sages-femmesSi la péridurale est à ce point plébiscitée, c’est d’abord parce que toutes les études scientifi ques en attestent, c’est la meilleure technique pour contrôler les douleurs lors de l’accouchement. Elles trouvent cela extra, elles sont détendues. Certaines mangent, discutent ou même dorment alors qu’elles sont en plein travail. Mais est-ce une bonne chose? Est-ce ça, la vie? Ne pas sentir ce qui se passe, ne pas être dérangée? On peut s’interroger! » s’interroge Heike Emery, qui travaille à l’Arcade à Genève comme sage-femme indépendante. Un accouchement en dormant«A mes yeux, c’est une vision un peu courte. On ne peut pas vivre les grands événements de sa vie – et la naissance d’un enfant en est un -, en dormant! C’est un événement qui se vit au minimum à deux, le travail corporel se fait à deux. Avec une péridurale, c’est comme si on laissait le bébé faire les efforts tout seul. La femme ne peut pas l’accompagner, elle ne sent plus ses contractions, elle est couchée alors que ce n’est pas une position physiologique pour accoucher… On la justifi e souvent au nom du confort de la maman, mais qu’en est-il de celui du bébé?» Et de citer ces femmes qui, regrettant d’avoir accouché une première fois sous péridurale, souhaite mettre au monde le deuxième sans anesthésie pour vivre pleinement l’événement. Tout comme à l’inverse, certaines femmes l’exigent après une première expérience sans, trop douloureuse.Les alternativesSi Heike Emery regrette la banalisation de la péridurale, c’est parce qu’il existe des approches pour se préparer à l’accouchement. «Pour le mariage, on s’y prend des mois à l’avance, on se donne à fond. Pour un bébé, c’est à peine si on suit un cours de préparation à la naissance alors que c’est vraiment un événement extraordinaire qu’on ne vivra que deux ou trois fois. Cela vaut la peine de se préparer et on a neuf mois pour ça! La naissance est un processus naturel, mais aujourd’hui, la tendance est à la médicalisation et à l’oubli de ce que cela représente pour le corps.» «Personnellement, j’ai toujours trouvé plus intéressant de faire un travail d’accompagnement, ce qui implique que les femmes disposent des outils qui permettent de contrôler la douleur comme la respiration, des postures, des mouvements ou des exercices de visualisation. A mes yeux, la péridurale n’a pas de sens en dehors des indications médicales mais, dans ma pratique, mon rôle est d’accompagner les couples dans leur souhait et non pas de les convaincre.»Un travail plus techniqueLe point de vue de Heike Emery est semble-t-il largement partagé par les sages-femmes indépendantes. Qu’en est-il du côté de celles qui travaillent en milieu hospitalier, réputé très favorable à la péridurale parce que celle-ci leur faciliterait le travail? Sage-femme dans une maternité, Anne Jacot précise d’emblée que «le 3/4 des péridurales faites en milieu hospitalier correspond à une demande des patientes. En ce qui concerne le dernier quart, elle peut être recommandée pour des raisons médicales mais n’est jamais imposée. |



Commentaires
Je reste persuadée que toute femme peut accoucher sans péridurale, si elle est bien accompagnée et libre de ses mouvements.
On a du inventer un produit miracle pour remédier aux douleurs provoquées par les injections d'ocytocine, et par la mauvaise position imposées aux femmes pendant l'accouchement.
J'attend mon quatrième enfant, et j'ai hâte de revivre ce moment encore une fois!
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