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Travail, vie de couple, amis et loisirs, tout en réservant du temps pour leurs petits-enfants… aujourd’hui, pour ménager la chèvre et le chou, les grands-parents doivent être bigrement organisés pour réussir à se faire une place au soleil de la vieillesse.
Texte : Julia Hofmann - Photos : Christophe Chammartin/Rezo
Sa petite-fille Pénélope, Ariane l’a découverte en image sur son natel alors qu’elle était chez le médecin. « J’avais alors 42 ans, et l’arrivée de ce bébé m’a causée une intense émotion, faite de joie et d’un pincement au coeur. Ça a fait bizarre de se retrouver reléguée dans la troisième génération. » Sentiment similaire pour May, devenue grand-mère à 50 ans. « J’ai eu un petit peu de peine au départ, c’était la jeune génération qui arrivait et qui me poussait dans le statut de grandmère. Quand j’ai vu ma petite-fille, j’ai été surprise qu’elle me ressemble autant. Avec le premier petit-enfant, je crois qu’il se passe quelque chose de particulier. C’est la même chose quand naît notre premier enfant. Il tient une place particulière même si on aime tout aussi fort ses cadets.» Quant à leurs maris, ils se sont permis de plaisanter grave en leur disant : « Alors, maintenant, je couche avec une grand-mère…». « Comme si le fait de devenir grand-mère induisait illico une perte de séduction !» s’indigne Ariane.
En Suisse, les grandsparents s’occupent des petits-enfants à raison de 100 millions d’heures par an, sans la moindre rémunération. Une prestation de travail qui avoisine les 2 milliards de francs…
Il est vrai que les grands-parents actuels ne ressemblent guère aux aïeux des sixties : exit les grandsmères qui se considéraient, à peine la cinquantaine franchie, déjà au seuil de la vieillesse. Itou des grands-pères qui viraient au patriarche et menaient tout le monde à la baguette. Aujourd’hui, la génération grand-parentale, issue du baby-boom et ex-soixante-huitarde, brille par sa jeunesse (la petite cinquantaine en moyenne lorsque naît le premier petit- enfant), son dynamisme, son activité professionnelle et ses multiples projets prévus pour une retraite qui promet d’être longue, vu l’espérance de vie.
 A preuve, ces chiffres : se situant à 81 ans en 1990, la moyenne de vie des femmes est passée à 84 ans en 2007. Mieux encore : en 1960, seulement 5% des enfants avaient leurs quatre grands-parents vivants au moment de leur naissance alors qu’en 2007, 55% des enfants de moins de 6 ans connaissaient leurs quatre grands-parents. Pour autant que ceux-ci soient encore ensemble, bien des grands-parents comptant derrière eux divorce(s) et remariage(s). Habitués aux situations inédites, larges d’esprit, les grands-parents d’aujourd’hui doivent s’adapter aux chamboulements qui touchent la famille en ce 21ème siècle : éloignement géographique, nouvelles conceptions d’éducation des enfants, séparations, recompositions familiales, unions inter culturelles ou homosexuelles, conflits intrafamiliaux. Consciente d’être un pivot essentiel, un repère dans un contexte où les relations conjugales sont souvent chaotiques, cette grand-parentalité joue un rôle capital auprès de ses petits-enfants « dans l’édification de leur personnalité, permettant parfois de trouver une image apaisante dans une vie tourmentée», note Madeleine Natanson.
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