Les cellules souches du sang ombilical, une nouvelle assurance-vie?

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A la naissance de son enfant, tout parent ressent le besoin de protéger ce dernier contre d’éventuels dangers. Parmi ces dangers, on pense aux maladies dites graves telles que la leucémie et le diabète juvénile. Avec la recherche sur les cellules souches du sang ombilical, de grands espoirs semblent permis pour parer à ces maladies. Fiction ou réalité?

Tout le monde parle des cellules souches, mais de quoi s’agit-il exactement? Et qu’a ce type de cellules de si particulier? Les cellules souches sont des cellules indifférenciées, soit des cellules qui vont encore se transformer pour devenir du tissu spécifique. A l’origine, toutes les cellules de notre corps proviennent d’une seule et même cellule qui s’est divisée puis spécifiée maintes fois. On distingue les cellules souches embryonnaires, foetales et adultes; comme leur nom l’indique, c’est dans l’embryon et le foetus que nous trouverons les cellules souches embryonnaires et foetales a lors que les cellules souches adultes se forment par exemple dans la moelle osseuse des adultes. Ces dernières peuvent également se différencier en divers types de cellules, mais cela de manière plus restreinte que les cellules embryonnaires.

Les cellules souches: un remède miracle

Les cellules souches et leurs particularités sont source de grands espoirs pour la recherche moderne. En effet, des cultures de tissus de remplacement (peau, nerfs, cartilage, muscles, os, foie, pancréas, etc.) sont pratiquées et la lutte contre des maladies graves telles que la leucémie, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, le diabète juvénile et l’infirmité motrice cérébrale (lésion cérébrale infantile) est étudiée. Chaque type de cellules souches a ses avantages et ses défauts, et se prête plus ou moins bien aux manipulations de recherche contre les maladies. Parmi les meilleures cellules souches, celles issues du sang ombilical (des nouveau-nés).

Le précieux sang ombilical

Le cordon ombilical relie le bébé au placenta de sa mère et assure ainsi son apport en oxygène et nutriments. Après la naissance, le cordon ombilical contient encore un peu de sang, sang qui finit généralement à la poubelle. Or ce liquide contient des cellules souches susceptibles de sauver des vies; cellules qui, en plus, ne provoquent aucune réaction de rejet lorsque greffées au donneur.

Comment cela fonctionne-t-il?

Le prélèvement de sang ombilical est pour la mère comme pour l’enfant indolore et sans problème. Le sang est emballé dans un sachet plastique et envoyé à un laboratoire spécialisé, où il sera méticuleusement étudié (qualité, absence de germes, type de tissu) pour être finalement congelé, selon un procédé dit de cryoconservation, à –196° C. Par la suite, les cellules souches ainsi gelées seront conservées dans une banque de données privée ou publique. Il y a deux banques publiques pour le sang ombilical en Suisse: une à l’hôpital universitaire de Bâle et l’autre à celui de Genève. La différence majeure entre banque de données publique et privée est que les banques publiques sont ouvertes à tous ceux qui en ont besoin alors que l’accès aux banques privées est réservé aux personnes qui y ont effectivement fait geler du sang ombilical. La conservation de sang ombilical dans une institution privée est sujette à de lourdes taxes pouvant se monter jusqu’à plusieurs milliers de francs, ce qui n’empêche pour autant pas une grande disparité entre les différents établissements privés en termes de qualité et de sécurité. Au niveau international, il existe bien plus d’institutions privées que publiques qui offrent la possibilité de conserver du sang ombilical. Cependant, la plupart des transplantations sont effectuées via les banques publiques; ainsi, la probabilité que des cellules conservées en milieu privé soient utilisées est maigre. Les dons dits «dirigés» sont également une option; ils prennent tout leur sens dans une famille où un enfant aîné étant malade, le don de cellules souches du nouveau-né pourra lui venir en aide. Par ailleurs, il existe aussi ce qu’on peut appeler les banques hybrides, qui offrent la possibilité de combiner d on e t utilisation privée de sang ombilical. Ainsi, les coûts y sont bien moindres que dans une procédure purement privée. En choisissant cette option hybride, on peut en revanche se retrouver dans un cas de figure délicat: que notre accord nous soit demandé – alors que notre enfant, très jeune, peut encore potentiellement avoir besoin de ses cellules conservées – pour l’utilisation desdites cellules en faveur d’un tiers dans le besoin. A noter qu’il n’existe à ce jour aucune banque hybride en Suisse. 

De grands espoirs…

Selon les entreprises commerciales qui proposent aux futurs parents le traitement et la conservation de sang ombilical, il s’agit là de la meilleure assurance-vie qui soit pour leur futur nouveauné. En cas de problème de santé majeur de leur enfant, nul besoin d’entreprendre une longue et éprouvante recherche de donneur adéquat; il suffit de décongeler les cellules souches conservées et de procéder à la thérapie appropriée. En outre, les énormes progrès actuels de la recherche médicale permettront d’esquisser d’ici quelques années des possibilités d’utilisation du sang ombilical encore inenvisageables aujourd’hui. Quel gâchis ce serait que de jeter à la poubelle un tel cadeau de la nature! Et devant ce grand potentiel d’utilisation, les coûts élevés qui y sont liés passent même au second plan.

… mais aussi des critiques

Autant il y a d’enthousiasme pour cette approche thérapeutique pleine de promesses, autant il y a de critiques. Ainsi, selon de nombreux médecins, la probabilité d’avoir au cours de sa vie besoin d’une greffe de cellules souches est minime. Et pour le cas où cette situation improbable devait arriver, il n’est encore pas certain que les cellules souches de son propre sang ombilical soient les plus appropriées. En effet, pour de nombreuses maladies, les cellules souches d’adultes sont plus adéquates ou alors la quantité de cellules souches extraites du sang ombilical est tout simplement insuffisante. Il est en outre possible que les cellules souches de tierces personnes soient plus adéquates que les siennes propres. C’est par exemple le cas dans le traitement de la leucémie, où il y a danger que les cellules souches de l’enfant malade présentent elles-mêmes des signes de perturbation. De manière générale, il est recommandé de faire don de sang ombilical à une banque publique. En effet, plus ces banques de données sont fournies, mieux elles peuvent répondre au besoin de sécurité de ceux qui souffrent des maladies concernées. Par ailleurs, l’argent qui aurait servi à payer les taxes d’une institution privée peut être investi par les familles pour mieux se protéger contre des difficultés plus concrètes.

Une décision individuelle

Que l’on soit pour ou contre la conservation de cellules souches, il est important de souligner qu’il s’agit en premier lieu d’une décision individuelle des parents. Ils n’ont ni à se sentir obligés de faire don du sang ombilical de leur enfant, ni à se sentir égoïstes s’ils choisissent – afin de protéger leur enfant de manière optimale – de faire conserver ces mêmes cellules dans une institution privée. Il n’est par ailleurs nullement obligatoire de se préoccuper de cette thématique. La probabilité que votre enfant ait un jour besoin d’une greffe de cellules souches est, comme mentionné plus haut, minime. 

N’hésitez pas à chercher conseil auprès de votre médecin, votre gynécologue ou à la maternité qui vous accueillera et prenez votre décision dans le calme selon vos propres convictions et valeurs.

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