Quand la grossesse chamboule le couple

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Même fortement désirée, l’attente d’un enfant peut mettre le couple à rude épreuve, pris dans un tourbillon d’émotions. Bouleversements physiques, certes, mais aussi émotifs, car la perspective d’une vie à trois change inévitablement la donne. Chacun doit apprivoiser à l’avance son nouveau rôle et, parfois, on découvre chez l’autre des aspects qu’on ne lui connaissait pas. Rien de grave toutefois, à condition de communiquer.

«Quand mon ventre a commencé à s’arrondir, cela a produit comme un déclic chez mon compagnon se souvient Laura, il s’est vite rendu compte que l’arrivée du bébé bouleverserait ses habitudes. Lui qui adore aller aux concerts, boire des verres s’est aperçu que cela serait forcément plus compliqué avec un nouveau-né et du coup, il était d’une humeur exécrable.» Elle ajoute: «J’ai même eu droit à des répliques blessantes comme «Ce n’est pas moi qui l’ait voulu ce bébé» ou bien «Mais qu’est-ce-que tu veux que j’aille faire à des cours d’accouchement!». Quant à Karen, mieux valait pour elle ne pas trop se plaindre de ses nausées, car alors son époux lui faisait remarquer: «Je t’avais prévenue que ça ne serait pas une partie de plaisir». Des réactions pareilles peuvent faire bondir, mais elles ne doivent pas faire oublier que, pour un futur papa aussi, la grossesse est une période de bouleversements intenses. Elle marque le passage irréversible d’une vie de jeune insouciant à celle d’adulte responsable d’un enfant. Ne perdez pas non plus de vue que le futur papa n’a pas les mêmes perceptions que sa compagne. Durant neuf mois, contrairement à la jeune femme de plus en plus ronde qui partage sa vie, il va suivre cette grossesse sans sensations directes. Conséquence: parfois il est concerné et à d’autres moments, il paraît s’en soucier comme de sa première bicyclette. Par ailleurs, certains hommes sont très présents mais peu démonstratifs.

D’autres en revanche, sont inquiets: pour la santé de leur futur bébé, beaucoup craignant que leur enfant ait, à la naissance, une déficience importante sur le plan physique ou intellectuel. Il se demandent également s’ils auront la capacité de donner tous les soins et tout l’amour nécessaires si leur bébé est en effet malade. Et le fait de savoir qu’il y a très peu de risques que cette situation se produise atténue rarement leurs craintes. Pour d’autres enfin, le corps de leur compagne qui change, c’est déstabilisant: «Je suis inquiet, avoue Bruno, mari de Célia. Elle a pris vingt kilos et doit accoucher dans une semaine. Je lui ai fait une réflexion la semaine dernière, elle n’a pas vraiment apprécié. J’ai hâte qu’elle redevienne comme avant... Face à ce corps, c’est vrai que mon désir a baissé». «C’est bête, reconnait Sébastien, mais j’ai peur de faire mal au bébé. Quand le lui ai expliqué mon malaise, elle m’a demandé si je la trompais!» Seule solution pour que les relations ne se crispent pas trop, parler avec votre compagnon. Dites-lui ce que vous ressentez, physiquement, mais également émotionnellement. À lui qui ne ressent pas ce qui se passe en vous, n’hésitez pas à parler des mouvements du bébé, de sa position, de vos sensations: mettez des mots sur vos émotions et aidez le futur papa à percevoir bébé. Et puis, qui vous dit que votre compagnon n’a pas, lui aussi, besoin de se confier à vous, de vous confier la façon dont il conçoit son rôle futur? S’il est important de parler, ne vous sentez pas obligée en revanche, de le traîner aux visites médicales. Le plus important est qu’il assiste aux échographies: il s’agit en effet de la première «rencontre» avec votre bébé, et il serait dommage de ne pas partager ce moment fort ensemble.

«La première échographie, réalisée au premier trimestre, est une sorte de rite initiatique pour les pères, explique Benoît Le Goëdec1. En voyant battre le cœur du fœtus, ils découvrent qu’il y a une vie, alors qu’ils ne ressentaient rien. C’est souvent un choc émotionnel. Passé la première échographie, les hommes n’ont plus le même éblouissement.» Outre les échographies, n’hésitez pas à impliquer votre compagnon en lui confiant des tâches. D’abord parce qu’il est hors de question que vous preniez tout sur vos épaules. Ensuite, en faisant appel à lui, vous lui prouvez que vous comptez sur son soutien, et vous l’aidez à entrer dans son rôle de père actif. Aménagement de la chambre de bébé, démarches administratives pour la maternité, choix des faire-part, il va avoir l’occasion de vous prouver qu’il peut participer.

Enfin, à la question: faut-il que le futur papa soit présent le jour de l’accouchement, dites-vous qu’assister à la venue au monde de son enfant est certainement l’une des émotions les plus puissantes d’une vie. La plupart des hommes estiment aujourd’hui évident d’être présent le jour J. Mais d’autres hésitent jusqu’au dernier moment ou refusent carrément d’envisager cette idée: peur de ne pas supporter la vue du sang, impuissance devant la douleur de sa femme, crainte de perdre tout désir pour l’être aimé. La future maman peut avoir elle aussi des réticences, craignant d’offrir un spectacle peu flatteur d’elle-même ou désirant simplement vivre seule cet événement. Si tel est le cas, dialoguez car la vraie place du père est bel et bien d’être à côté de la future maman. «Etre là, ça ne veut pas dire qu’il devra forcément regarder l’avancement du travail ni l’expulsion, insiste Benoît Le Goëdec. Il peut rester près de vous, tenir votre main, vous regarder dans les yeux. S’il ne supporte pas de vous voir souffrir, le futur papa peut sortir et revenir une fois qu’on aura soulagé votre douleur.» Et rien ne l’empêche de patienter dans le couloir. A partir du moment où la femme sait que son compagnon n’est pas loin d’elle, elle n’est plus seule.

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