Objectif sérénité!

« Cela a commencé par une fausse couche décelée lors de ma toute première échographie. Un véritable choc. On réalise tout à coup que ces choses là n’arrivent pas qu’aux autres, et que lorsqu’on est dans l’attente d’un bébé, on se garde bien de songer à ce genre d’accident… Avec mon mari, nous ne savions pas vraiment ce qui nous attendait, mais nous avons brutalement pris conscience de ce que nous avions perdu. Notre chance, c’est qu’une seconde grossesse s’est mise en route très rapidement. Mais là encore, évidemment, les choses ne sont pas déroulées comme dans les pages des magasines pour futures mamans.

Pêle-mêle, ça a été plusieurs mois d’alitement total à cause de deux hématomes, un risque de trisomie 21 très élevé, et j’en passe. L’amniocentèse étant trop risquée dans notre cas, nous avons été orientés vers le service de développement foetal de la maternité qui, grâce à des échographies régulières et très poussées, s’est assurée du bon développement de notre bébé.
Pour faire court, ma grossesse fut ponctuée de stress et d’angoisses intenses.

Malgré cela subsistait en moi le sentiment profond et inexplicable que mon bébé allait bien, comme si, bizarrement, c’était lui qui venait me rassurer. C’est cette communication permanente entre nous deux qui me redonnait confiance dans les moments difficiles. Des cours de sophrologie m’ont aussi aidée à consolider ce lien intime avec mon bébé. Et je ne me suis pas trompée. Il y a bien eu quelques heures de souffrances, car oui, il faut le dire, ça fait vraiment mal un accouchement… et il est arrivé avec ses dix doigts, ses dix orteils et sa petite tête bien faite. Tout allait bien!»

Nuits, allaitement, fatigue…une liste à rallonge

De retour à la maison, il a fallu parer au plus pressé, genre « vite, enfile ton nouveau costume de superparent, même si t’as aucune idée de ce que ça veut dire au fond et… assume ! ». Là, franchement, il faut avoir les nerfs solides!
Encore une fois, loin des clichés sur papier glacé, la réalité d’un enfant peut carrément se révéler éprouvante pour soi et pour le couple.
Partagée entre un sentiment d’amour profond et une intense solitude, la relation de co-dépendance qui est née entre mon bébé et moi a été difficile à assumer. « Quelle genre de mère peut bien penser ça ? » me suisje dit. Personne ne m’avait parlé de cette possible réalité, et à ce moment là, je n’aurais jamais osé l’évoquer avec qui que ce soit, pas même avec mon mari… la culpabilité était trop grande.
Je crois que c’était là le point de départ de ma vie de mère, au croisement de ma vie de femme. Cette rencontre brutale m’a poussée dans mes retranchements et amenée à entreprendre un long travail pour comprendre qui était cette nouvelle mère, et qu’allait devenir cette future femme.

Questions, changements, «re-mises» en question

A ce moment de ma vie, cela faisait déjà plusieurs années que je travaillais dans le social. J’étais éducatrice en foyer d’accueil pour adolescents et effectuais des gardes de nuit une à deux fois par semaine. Je m’absentais régulièrement les week-ends, voir des semaines entières.
Tout à coup, me séparer de mon fils est devenu un crève-coeur, il m’était de plus en plus difficile de quitter la maison lors de mes longs services. Mon regard sur mon travail s’est modifié, mon intérêt pour celui-ci avec. J’ai décidé de changer de poste, ce qui m’a permis de réaménager mon temps de travail en optant pour un boulot en journée à horaires fixes et à 80%. Tout cela afin d’accorder plus de temps à mon fils. Au bout de quelques mois, c’était chose faite.
Nouveau job, nouvelles responsabilités, nouveaux challenges, nouveaux horizons, toujours dans le social.
Aujourd’hui, la vie avec notre fils est un vrai bonheur.

Bon, soyons honnêtes, ce n’est pas tous les jours tout bleu. Admettons une bonne fois pour toutes que nos chers bambins nous poussent parfois à bout, même si nous ne sommes pas de mauvais parents pour autant

Objectif sérénité !

Malgré cela, il y avait de la place pour un second bébé… une petite fille, en l’occurrence! Mais, cette fois, la grossesse s’est déroulée à merveille.J’ai mis à profit toute mon expérience précédente pour poser les jalons nécessaires afin de vivre cette grossesse dans les meilleures conditions. Tout un réseau s’est tissé autour de l’arrivée de ce bébé. J’ai repris les cours de sophrologie pour préparer l’accouchement, obtenu une sage-femme à domicile pour le suivi post-partum, participé à un cours sur l’allaitement très utile, et visité… la maternité !

Bref, j’ai découvert le dispositif à disposition des futures mamans et je l’ai u-ti-li-sé. La première fois, tout était nouveau pour moi, il m’était donc difficile de poser les bonnes questions au bon moment. Cette fois-ci, j’ai anticipé.
« Objectif sérénité! ». Je voulai enfin vivre une de ces belles pages de magazine !

Reste que devenir mère à nouveau a fait ressurgir les mêmes questions personnelles et professionnelles. Là encore, mon expérience passée a été un atout. C’est pourquoi, j’ai décidé de prendre les choses en main! Un suivi thérapeutique m’a aidé à mettre de l’ordre dans mon histoire personnelle, étape indispensable pour permettre à la mère que je suis devenue de prendre place définitivement et avec assurance.

Sur le plan professionnel, j’ai décidé d’entreprendre un bilan de compétences, car j’ai des rêves, eh oui, et aujourd’hui je sens qu’il est temps d’essayer de les réaliser. Surtout, je viens de fêter mes 30 ans, et c’est comme si une petite voix me soufflait à l’oreille « vas-y, fonce, c’est maintenant ou jamais ! ». Un petit coup de pouce du destin, et me voilà en train de vous raconter tout ça. Je pourrais terminer en vous disant qu’être mère est pour moi un véritable bonheur, mais ça, c’est définitivement une évidence.

En plus, c’est bien moins culpabilisant que de vous avouer que c’est quelque fois vraiment galère ! Pourtant ça fait partie du jeu et à partir du moment où on est prête à l’accepter, c’est bien plus facile! Ce qui est rassurant, c’est que ça ne nous empêche pas de remettre ça une seconde fois! Je vous laisse, j’ai un bébé à mettre au monde… ».

Illustration : Veronica Dall’Antonia

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