Hé boss, je suis enceinte !

Hé boss, je suis enceinte !

Près de 80’000 enfants naissent chaque année en Suisse, 50 % des femmes travaillent, ce qui fait que chaque année 40’000 annonces de grossesse tombent dans l’oreille d’un employeur. Mais quand faut-il annoncer être enceinte à son supérieur ?

En fait, rien dans le droit du travail ne légifère en la matière. Même lors d’une procédure d’embauche, la femme n’est légalement pas tenue d’annoncer une grossesse en cours ou une grossesse future. Des questions comme « Etes-vous enceinte » ou « Prévoyez-vous de l’être » sont contraires à la loi. Alors n’hésitez pas à mentir sans scrupules : « Ce n’est pas dans mes priorités ! », « Vous plaisantez, mon travail est toute ma vie ! », « Je déteste les enfants ! » Bien sûr que si vous l’annoncez juste après la signature du contrat, il ne faut pas vous attendre à des félicitations…

Au travail, rien ne vous oblige non plus à « avouer » que vous avez un bébé dans le placard, si ce n’est bien sûr un bidon qui arrive dix minutes avant vous au bureau… Alors selon les femmes et l’habillement, les collègues auront des doutes vers les 4 à 6 mois. Et si vous êtes un peu ronde ou un peu vieille (disons la quarantaine…) personne n’osera vraiment vous le demander. Quoi qu’il en soit, laissez passer les 3 mois fatidiques, histoire de ne pas devoir annoncer une fausse-couche après… Cela dit, on a toutes une bonne raison d’ avertir notre employeur : bénéficier des droits de femme enceinte au travail. Nos mères et nos grands mères se sont battues pour ne pas pondre leur douzième enfant tout en travaillant à la mine, alors faisons-leur honneur.

Pour profiter de ses droits

Ainsi, les droits de la femme enceinte autorisent celle-ci à piquer une ronfl ette dans une chaise longue toute les deux heures à la cafétéria. Chouette ! Elle n’est plus obligée de faire d’heures supplémentaires, de travailler plus de 9 h par jour, de travailler de nuit… Et elle peut quitter son poste en cours de journée au moindre coup de fatigue... Ici, il est conseillé de froncer le front, de mettre une main crispée sur son ventre et de sourire béatement en faisant la grimace. Et autre droit intéressant en temps de crise : l’impossibilité d’être licenciée pendant sa grossesse et jusqu’à la fi n du congé maternité.

Le face à face

Ne reste plus qu’à annoncer l’heureuse nouvelle à son supérieur et de trouver la bonne méthode, le bon moment et le bon ton pour faire passer la pilule. Moment largement redouté par la gent féminine. Tous les forums sur le sujet le montre, la future maman a peur de la réaction du patron; elle est angoissée, elle culpabilise, se sent inférieure et amoindrie. Elle imagine l’annonce comme une confrontation où la Femme est à la merci de l’Homme. Et pourtant sans elle, la race humaine serait en voie d’extinction dans moins d’un siècle ! Alors courage et bravo Mesdames, et voici quelques petits scénarios de secours pour affronter celui qui a certainement des enfants à la maison, qui était ravi que ce soit sa femme qui prenne 20 kg et qui se lève la nuit. Et puis d’abord, qu’est ce que ce chef a à redire puisque depuis 2005 ce n’est même pas lui qui paye le congé maternité mais l’assurance perte de gain ! Et s’il objecte que vous êtes irremplaçable, alors demandez lui immédiatement une augmentation… Reste que cette crainte d’affronter le sexe opposé est infondée, les supérieures féminines ne sautant pas plus de joie quand on leur apprend que l’on va déserter les rangs pour plusieurs mois.

5 scénarios pour annoncer l’heureux événement

1 - Passer l’info

Frapper à son bureau. Prendre un air neutre. Informer : « Jean-Pierre, j’ai quelque chose à vous annoncer. J’attends un enfant pour le 17 juillet. Je serai donc absente du 17 juillet au 17 octobre. Bonne journée.»

2 - Laisser faire la pro

Faire comme en réunion : être directe et synthétique; planifier. « Jean- Pierre, je suis enceinte de 4 mois, je vais accoucher le 17 juillet et reviendrai au travail le 1er novembre car je prends mes 14 semaines à 80 % + le reste en congé sans solde comme me l’autorise la loi fédérale sur le travail, article 35 a, alinéa 3. Il va de soi que je transmettrai toutes les infos nécessaires à ma collègue Martine. En outre, j’aimerais participer à l’élaboration du profil et à l’embauche de ma remplaçante afin d’être assurée que mes projets soient bien menés. Heureusement, qu’il y a des femmes comme moi pour produire les futurs cotisants pour votre AVS, n’est-ce pas Jean-Pierre ? » « Heu… oui, vous avez raison Brigitte. » « Parfait ! »

3 - Sortir le grand jeu

Si la méthode directe vous terrorise, sortez l’atout charme. Envoyez-lui un mail l’invitant à déjeuner en précisant que vous aimeriez discuter avec lui de certaines choses très personnelles. « Mardi à 12 h, vous irait-il, Jean-Pierre ? » Choisir alors un bon restaurant dans le quartier, mais pas trop chic quand même. Lui offrir l’apéritif. Vous, vous prenez un Perrier en souriant. Hors-d’oeuvre, plat, fromage et dessert. Et patati et patata. Vous aimez votre travail. Vos collègues sont merveilleux. Lui, le big boss, sait donner une vraie dynamique à son équipe. Un travail intéressant. Des projets motivants. Quand le café arrive, il a juste le temps de poser une question : « Alors Brigitte, vous souhaitiez me parler ? » « Ah oui, Jean-Pierre; c’est personnel. » Il vous interroge du regard. Vous le fixez droit dans les yeux. Vous souriez. Encore. Il rougit. Vous rougissez. Vous baissez les yeux. Silence. Vous relevez vos yeux de biches énamourés et susurrez : « Jean- Pierre, je suis enceinte… » Là, soit il est soulagé, soit déçu et dans les deux cas il se reprendra par un « Toutes mes félicitations Brigitte. » Vous êtes un ange aux dents blanches et vous concluez : « Jean-Pierre, je savais que vous apprécieriez. »

4 - Attaquer par lettre recommandée

Envoyer une lettre recommandée au patron ou au responsable RH de l’entreprise avec votre certificat médical. Puis demander un rendez-vous avec votre supérieur et lui annoncer dans son bureau : « Jean-Pierre comme vous le savez déjà, je suis enceinte. L’accouchement est prévu dans 6 mois. » « Oui, Brigitte je sais. Vous avez droit à 14 semaines de congé maladie. Les RH ont calculé vos indemnités. Elles seront de 5423 francs et 20 centimes. » Cette méthode n’est à appliquer que dans une très grande entreprise où l’affect n’est pas mis en avant.

5 - Faire courir la rumeur

Aller vomir aux toilettes en prétextant une gastro. Montrer des signes de fatigue. Arriver en retard. Refuser systématiquement l’apéro du vendredi soir et prendre un jus de tomate à la place. Porter des vêtements de moins en moins serrés. Dire à sa collègue la plus volubile : « Martine, je ne sais pas Le congé maternité en Europe: les Suissesses sont les grandes perdantes! ce qui m’arrive mais je suis crevée. Je crois que je suis enceinte… ? » La rumeur va se répandre et votre patron en aura vent sans passer par la case affrontement direct. Mais attention, cette méthode est souvent une vraie fausse bonne idée car la hiérarchie apprécie peu d’être informée par des bruits de couloir d’évènements, heureux ou pas, relatifs à l’entreprise. Cette couardise risque de vous mettre tout le monde à dos.

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