Etre parent, un métier qui s’apprend!

Texte par:

Et si les nombreux enfants déclarés hyperactifs dans nos familles et dans nos écoles n’étaient en fait que des enfants insécurisés et en manque de cadre? C’est bien joli tout cela, mais alors comment le poser, ce cadre?
Il nous arrive de crier sur nos enfants et, en faisant cela, nous pensons cadrer: «Tu es la prunelle de mes yeux, je n’ai rien de plus précieux que toi, mais je crie…» Et peu après, nous nous apercevons que nous exigeons des choses, mais que jamais nous ne disons à nos enfants exactement ce que nous attendons d’eux, que jamais nous n’avons décidé ensemble de ce que nous voulions vivre et comment… Que jamais nous n’avons posé le cadre, construit le cadre ou plutôt même co-construit le cadre: «De quoi as-tu besoin pour être heureux et à l’aise dans notre famille, et moi, de quoi ai-je besoin pour être satisfait(e) et en sécurité?»

Cadrer

Nous parents, nous devrions adopter une attitude positive et bienveillante, et dire à nos enfants: «Tu as 3 ans, 4 ans ou plus, et tu as déjà beaucoup d’idées, tu sais bien souvent ce que tu veux et ce que tu ne veux pas, et je te donne la parole: nous allons ainsi créer le cadre ensemble.» Il s’agit de donner à nos enfants le sentiment d’exister, de leur transmettre en actes et en mots l’idée qu’ils sont importants à nos yeux.
Pour disposer de quelques repères, le mind-mapping ci-dessous permet de saisir l’essentiel de la démarche, tout en évitant d’éventuels écueils: 

Pour augmenter les chances que ces règles soient réellement vécues, deux critères sont primordiaux:

❶ La règle doit être exprimée en positif, car le cerveau de l’enfant n’est pas fait pour entendre une consigne négative, ou plutôt le cerveau entend nettement les consignes positives. Voici quelques exemples de formulations à
privilégier:

✔ «Reste près de moi» plutôt que «Ne traverse pas la rue»;
✔ «Pense à prendre tes lunettes, ton goûter, ton cartable…» plutôt que «N’oublie pas tes lunettes, ton goûter, ton cartable…»;
✔ «Respecte ta soeur» plutôt que «N’insulte pas ta soeur».

❷ La règle doit être co-construite, c’est-à-dire construite ensemble, entre les parents et l’enfant, à partir d’une question posée à chacun, qui peut être: «De quoi as-tu besoin pour te sentir bien dans ta famille?» Chacun s’exprime et nous écrivons nos besoins qui deviendront alors notre charte de vie de famille. Il sera plus efficient alors, en cas de transgression, de réfléchir avec l’enfant sur ce qu’il avait exprimé comme étant ses besoins.

Aimer

Nous avons tous en nous, adultes comme enfants, un réservoir interne virtuel… Ce réservoir a besoin d’un carburant pour cheminer dans la vie. L’amour est ce carburant; il nous construit, nous donne de l’assurance, nous motive et nous apporte joie, confiance, courage, compétence… Nous les adultes, nous sommes capables de remplir ce réservoir par nous-mêmes, car nous savons ce qui nous nourrit, nous fait du bien: écouter telle musique, chanter, nager, marcher en forêt, téléphoner à notre meilleure amie… L’enfant, lui, n’a pas la maturité pour remplir par lui-même son réservoir. Et lorsque son réservoir est vide, l’enfant n’en a pas conscience, il l’exprime alors par des moyens cachés, codés, par une colère que nous ne comprenons pas forcément et cette incompréhension nous agace, car nous nous sentons en échec… «Il fait un caprice», disons-nous alors… Certains d’entre nous diront même carrément: «Mon enfant est capricieux!», ce qui revient à lui «coller une étiquette» qu’il ne mérite pas. Pour ma part, au risque de heurter certains parents, je ne crois pas aux caprices. Je pense plutôt que, ne comprenant pas ce qui rend un enfant mal à l’aise ou malheureux, nous avons tendance à donner une explication rapide: «C’est un caprice!» Or, l’enfant, c’est sûr, cherche à dire quelque chose, même si ni lui ni son entourage ne savent précisément ce qu’il veut exprimer… Et lorsqu’il pleure et tempête, et que nous crions pour chercher à obtenir ce que nous lui demandons, nous nous mettons tous en échec de la relation et nous finissons par l’envoyer dans sa chambre: «Tu reviendras lorsque tu seras calmé!» Que d’énergie perdue!… De quoi l’enfant a-t-il besoin à ce moment précis? Il a tout simplement besoin de remplir son réservoir. Il se sent en panne sèche et, la plupart du temps, un gros câlin suffit à apaiser sa colère. Plus facile à dire qu’à faire! Car c’est justement lorsque l’enfant pleure et s’emporte que nous nous sentons incapables de lui donner cet amour-là. En quelques fractions de seconde, il suffit alors de visualiser dans sa tête le réservoir, d’ouvrir les bras et de les tendre vers l’enfant. Il court vers nous, vient se blottir, continue à pleurer… Puis il se calme, nourrit, rassuré, serein. «J’ai eu si peur que tu ne m’aimes plus!», dirat- il peut-être, lorsque nous en reparlerons un peu plus tard.

Aimer encore…

– Tu sais, Maman, j’ai eu une dispute avec Léo.
– Ce n’est pas grave, ne t’occupe pas de lui. C’est toujours pareil avec lui, tu le sais! Je te l’ai déjà dit: occupe-toi de toi. Combien de fois va-t-il falloir que je te le répète?
Fin de l’échange, l’enfant se ferme et tourne les talons. «Je n’aurais pas dû lui en parler», se dit-il… Et le dialogue est terminé. Que s’est-il passé? Comment se fait-il qu’une discussion aussi anodine se transforme aussitôt en conflit, en clash, en rapport de force? Comment écoutonsnous? L’enfant est dans son cerveau émotionnel, alors que l’adulte est dans son cortex orbitofrontal, dans un raisonnement logique, raisonnable, raisonné… Alors, comment faire pour se rencontrer, se comprendre? La plupart du temps, le conflit et le rapport de force proviennent du fait que nous nions les sentiments qui sont exprimés. Nous répondons et répétons de mille et une façons: «non, non, tu dis ça mais ce n’est pas vrai», «ça ne sert à rien d’être inquiet comme cela», «mais non, tu n’as aucune raison d’être triste», «arrête de te mettre en colère pour si peu, quelle impolitesse!»… Peu à peu, l’enfant perd alors confiance en ce qu’il ressent, cela sème la confusion en lui: il éprouve un sentiment, une émotion, une douleur, une inquiétude, une peur et l’adulte lui dit que ce n’est pas grave, qu’il se trompe, qu’il ne doit pas être fâché, qu’il doit se taire, que ce n’est pas poli d’être en colère comme ça…

Valoriser la communication…

Il existe trois outils de communication simples à développer pour accueillir les sentiments de l’enfant:

• 1ER OUTIL:

J’écoute avec toute mon attention, en silence, mes yeux dans les yeux de mon enfant, présent(e) pour lui.

• 2E OUTIL:

Je montre ma présence en répondant par accusés de réception, par des «oh!», «ah?», «je vois…», «ah bon?», «ok!»...

Je laisse ainsi l’enfant cheminer par lui-même et aller jusqu’à sa solution, sans juger, sans conseiller, sans questionner, sans interpréter, sans minimiser...
– Tu sais, Maman, j’ai eu une dispute avec Léo.
– Ah?
– Il voulait que je lui donne tout mon goûter…
– Ah bon?
– Alors moi, j’ai dit non!
– Je vois…
– Et il est allé voir ses copains et il leur a dit de me taper.
– Mmmm…
– Il faudra que j’aille voir la maîtresse la prochaine fois… 
– Je vois que tu as trouvé ta solution!

• 3E OUTIL:

Je nomme le sentiment éprouvé par mon enfant, je décris ce que je vois, ce que j’imagine qu’il ressent. 

Cet outil 1-2-3 se fait en trois temps.

Temps 1: 

L’enfant dit: «Je ne veux plus aller à l’école!…»

Temps 2: 

Et moi, l’adulte, dans ma tête, j’élimine les jugements, les «pourquoi» inutiles et stériles, les «tu n’as pas le choix», les désirs de convaincre, et je me dis: «Que se passe-t-il en lui lorsque mon enfant me dit cela? Quel est son vécu émotionnel? Est-il en colère? Est-il déçu? Est-il triste?»… Je pose des mots sur ce que j’imagine qu’il ressent.

Temps 3:

Je replace alors un de ces mots dans une phrase que je lui exprime et qui démontre que j’ai compris son sentiment en amorçant ma réplique par «je vois que…», «j’ai l’impression que…», «j’entends que…», «tu as l’air…», «ça doit être…», «j’imagine que…», «tu te sens…», etc., lui permettant alors de confirmer ou d’infirmer mon hypothèse: «Non, je ne suis pas en colère, juste très déçu…»
Accueillir les sentiments de quelqu’un, c’est bien différent que d’approuver. En d’autres mots, ce n’est pas parce que nous accueillons un sentiment que nous l’approuvons. Nous pouvons accueillir les sentiments de l’enfant (ou du jeune, ou de l’adulte) puis, dans un deuxième, troisième ou dixième temps, exprimer notre désaccord. Exprimer son désaccord immédiatement revient à fermer le dialogue, avec le fort risque de ne jamais savoir ce qui met l’enfant en colère, ce qui l’inquiète, ce qui le perturbe, et de passer à côté de bon nombres d’informations qu’il taira simplement parce qu’il ne pensera pas à les verbaliser ou qu’il n’a pas eu la possibilité de le faire.
Si, par exemple, lorsque l’enfant dit «Je ne veux plus aller chez Mamie, elle est méchante!», nous lui rétorquons simplement «Hé, ne parle pas comme ça de ta grand-mère!», nous ne saurons jamais ce qui s’est passé la dernière fois qu’il est allé chez elle.

Avec l’outil 1-2-3, ce même échange devient:
– Je ne veux plus aller chez Mamie, elle est méchante!
– Oh là là, tu as l’air drôlement en colère contre Mamie aujourd’hui…
– Oui, parce que hier, elle n’a pas voulu allumer la petite lumière alors que moi, j’avais peur! Elle a dit que ça dépense de l’électricité...
– Ah… Et comment pourrais-tu faire avec Mamie?
– Je sais: on va l’appeler et lui expliquer!
– Je vois que tu as trouvé une bonne solution, je suis rassuré(e)…

… Pour une relation durable et précieuse

De mon point de vue, ces trois outils puissants et simples peuvent transformer le fil de plomb en fil d’or et devenir le fondement de la relation tissée jour après jour avec votre enfant. L’empathie dont vous allez nourrir votre enfant va lui permettre de construire son estime de soi, véritable levain pour développer son potentiel, sa confiance en soi, son enthousiasme face aux apprentissages et une assise solide devant les obstacles de la vie.

Share