9 mois dans la tête de futurs papas

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Attendre un enfant est une grande aventure, toujours belle, mais dont le chemin peut être fait de doutes et d’angoisses. Si la maman est aux premières loges, il ne faudrait pas oublier l’autre personne dont la vie va être bouleversée: le papa. Et ça se vit comment, exactement, la vie de futur papa? 

On fait le point avec Géraldine Vadon, sage-femme et maman, et quatre jeunes papas, ravis qu’on leur laisse enfin la parole.

On ne nait pas papa, on le devient 

«Le passage de l’état d’homme à l’état de père nécessite une véritable transition, un temps de gestation mentale. Ce processus de paternité qui réclame un travail psychique complexe est étroitement dépendant des événements réels qui jalonnent la grossesse jusqu’à la naissance comme l’échographie, la révélation du sexe de l’enfant, l’accouchement lui-même et la rencontre avec l’enfant de chair. Il est également dépendant de la place que la mère accorde au père mais aussi du désir du père d’occuper cette place et d’investir l’enfant» rappelle la psychologue Agnès Moreau dans son article De l’homme au Père (éditions Eres). Plus simplement, comme nous le dit Géraldine Vadon, sage-femme, «il faut que les mamans laissent aux hommes le temps de devenir pères». Une femme sent une vie grandir en elle; pour un homme, la grossesse se déroule essentiellement sur le plan psychologique.

Ciel, je vais être Père

Comme Géraldine le rappelle: «Chaque papa est différent, tous s’investissent donc différemment. Mais, souvent ils ont du mal à réaliser tant que rien ne se voit!». «Je l’avoue aisément, même avec la meilleure volonté du monde, je ne pouvais réaliser ce que ma femme vivait les premières semaines» avoue Pierre Emmanuel, expert-comptable, papa de Louise, 17 mois. Le fameux décalage du 1er trimestre: alors que la maman ressent, le papa ne peut qu’imaginer. Et cela peut engendrer de fortes tensions, d’un côté comme de l’autre! «Ses envies de sucré à 21h? Je ne lui en ai passé aucune. Je reconnais, pour moi, cela tenait du caprice. Avec le recul je regrette. Pour bébé n°2, je courrais les pâtisseries!» avoue Joël, artisan, papa de Baptiste 11 mois. Le papa ne peut qu’intellectualiser la chose: d’où l’importance de la parole selon notre experte: «La communication a un rôle majeur dans la réussite du couple; et elle devient carrément essentiel quand ce couple devient parents!». L’arrivée prochaine de bébé incite à réaliser une sorte d’état des lieux, de sa vie de couple et de ses projets. C’est le temps du questionnement sur l’autre, sur soi, et sur cette famille en pleine construction.

Des doutes et des angoisses

La remise en question n’est pas l’apanage de la seule maman. Certes, certains hommes affichent une force tranquille comme Alexandre, conseiller fiscal, papa de Henri, 24 mois «Je n’avais pas vraiment d’appréhension. J’étais prêt. J’ai tout simplement vécu, et pleinement, ces 9 mois»; d’autres arrivent à se projeter immédiatement, à l’instar de Joël qui se voyait déjà apprendre à faire du vélo à son futur bambin. Pourtant, «quitter sa place d’enfant, puis devenir père à son tour ne se fait pas sans changement intérieur» souligne Benoit Le Goëdec, dans Papa débutant, éditions First. Il nous parle ainsi d’un chemin à parcourir, d’une sorte de parcours initiatique. «Allais-je être un bon père?» s’est inquiété Romain, paysagiste, aujourd’hui serein papa de Gabin 19 mois, «serais-je à la hauteur»?... «Il faut que les pères se laissent le droit d’avoir des questions et des inquiétudes. En tant que sage-femme, je travaille beaucoup à ce que chaque consultation soit un lieu d’échange médical et de parole. A en faire un temps pour le bébé, la maman et le papa» affirme Géraldine.

Le tournant de la 1e échographie 

Pour notre experte, «la première échographie est la première grande étape paternelle». «J’étais si ému. Entendre son cœur battre; ce cœur qui est une partie du mien» se souvient Romain; «Voir ma fille à l’écran m’a chamboulé. Ça y est. C’était vrai. J’allais vraiment être papa» sourit Pierre-Emmanuel. D’autres papas avouent, au contraire, leur peu de réactions: «Faut le dire, on ne voit pas grand-chose quand même» s’excuse presque Joël.

«Mettons-nous à la place des papas. C’est dur pour eux de vivre cette longue attente avec, pour seules sensations, quelques coups de pieds quand ils posent leurs mains sur le ventre de la maman». Géraldine explique ainsi inviter régulièrement le conjoint à participer aux cours de préparation à la naissance et à la parentalité avec sa compagne. Autant de moments qui permettent aux futurs pères de poser leurs questions, d’obtenir des informations plus précises sur tel ou tel point, d’exprimer leurs émotions, d’échanger avec les autres participants, de prendre confiance en eux. «C’était important pour moi de participer aux cours de préparation à l’accouchement. Pour montrer mon implication à ma chérie mais aussi pour être au mieux de mes capacités de futur papa! Ces cours m’ont rassuré, donné confiance en moi, et pour le jour de l’accouchement et pour l’après. Du coup, j’ai pu apporter de la sérénité à ma femme!» rapporte Alexandre.

D’où l’intérêt de disciplines comme l’haptonomie, qui permet au papa d’établir un lien avec le bébé avant sa naissance et qui l’accompagne dans l’appréhension de son nouveau rôle. Elle rapproche aussi l’homme et la femme autour de l’enfant à naître: ils ne sont plus solitaires, dans leur conception de la grossesse, mais deviennent solidaires et aptes à être parents.

Le jour J, un raz de marée émotionnel / la rencontre

Etre parents… Souvent, c’est le jour de l’accouchement qu’a lieu le vrai déclic. Un moment unanimement décrit «comme unique», chargé en tensions comme en émotions. «J’avoue avoir été dépassé par la souffrance de ma femme. Mais la voir si sereine, quelques minutes après, avec notre fils dans ses bras, m’a fait tout oublier» se souvient Joël. Tous les pères ne peuvent pas participer à l’accouchement. «C’était assez frustrant et angoissant; mon fils est sorti par césarienne. Je n’ai donc pas pu le découvrir dès sa première seconde d’existence. Mais c’est moi qui ai assisté à sa première heure de vie…» raconte Romain. Géraldine signale également que l’homme peut ne pas vouloir être présent en salle d’accouchement: sa compagne ou lui-même craignant que le désir ne s’essouffle après ce grand choc émotionnel. Là encore, à chacun de faire ses propres choix, l’important étant d’en discuter et de respecter les points de vue de l’autre.

Apprendre à s’apprivoiser pour mieux s’aimer

Sur l’implication à la maternité, les comportements diffèrent. Si certains demandent un lit de camp, d’autres ne se sentent pas vraiment à leur place. «Entre sa mère, sa sœur, ses copines, je me suis
parfois senti de trop. J’avais hâte de les ramener à la maison» se rappelle Joël. Sans compter la fatigue: «en général, on ne pense qu’à l’accouchement physique, alors qu’il est aussi émotionnel, et là, on est à égalité avec les femmes» commente Benoit Le Goëdec. «Et elle était si petite, je me sentais si maladroit!» s’exclame Pierre Emmanuel. «L’équipe médicale est justement là pour accompagner les premiers pas des parents. D’où l’importance du premier bain: c’est la grande première fois de leur enfant, les papas sont nombreux à y assister» explique Géraldine. «On nous y apprend les premiers gestes, c’est rassurant».

9 mois de grossesse pour se préparer à sa venue; quelques jours pour se préparer à une nouvelle vie de famille: c’est à la maison qu’a lieu le grand virage. Des papas se sentent un peu lâchés dans la nature «ce n’est pas possible de pleurer autant» se remémore Joël, d’autres flottent sur un petit nuage «mais heureusement que ma compagne était là» souligne Romain.

Sur un point, tous s’accordent: «ma vie ne sera plus jamais comme avant. Et quel bonheur!» sourit Romain; «ça te fait grandir la paternité… tu deviens vraiment un homme» conclut Alexandre. 

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