Zep: un papa «super mega kill»!

Texte par:

A l’occasion de la sortie du nouvel album de Titeuf, Bienvenue en adolescence! , Zep a reçu l’équipe de babymag.ch. Nous lui avons posé quelques questions! Rencontre avec le papa d’une famille nombreuse!

Faisons un peu mieux connaissance… Est-ce que la bande dessinée a toujours été votre aspiration?

Oui, depuis tout petit, ça a toujours était mon ambition de faire de la BD, même si je ne réalisais pas ce que cela signifiait. J’avais envie de faire des livres comme ceux que je lisais, mais je ne savais pas exactement ce que cela voulait dire être auteur de bande dessinée. Je faisais mes BD sur des feuilles que j’agrafais et que je distribuais à mon entourage. Je mettais des numéros et je demandais à ma soeur d’écrire dans les bulles parce que je ne savais pas encore écrire. Plus tard, je rédigeais même la quatrième de couverture et je dessinais en petit les couvertures des albums déjà «parus». J’avais déjà cette sorte de bibliomanie avancée. Pendant ma scolarité enfantine, je disais toujours que je voulais faire de la BD, mais les profs rétorquaient: «Ok, mais ton vrai métier ce sera quoi?» Ce n’était alors pas considéré comme une vraie profession, mais maintenant cela a un peu changé.
En deux mots, chez moi, la BD c’est assez obsessionnel!

Qui vous a donné envie d’aller dans cette voie?

Il y a des auteurs de bande dessinée qui m’ont vraiment marqué. Le premier que j’ai rencontré, c’est Derib. Il est sympa, il m’a encouragé et il a ce côté parrain de la BD en Suisse. J’ai ensuite rencontré des auteurs connus dans les festivals et je leur montrais mes dessins. Et, de fil en aiguille, j’ai été publié dans les journaux, jusqu’à Titeuf…

Parlez-nous du premier album de Titeuf…

Il s’est tout de suite passé quelque chose avec Titeuf. L’album est sorti de façon très confidentielle: en noir et blanc avec un petit tirage. J’étais assis derrière une table et les gens ne se bousculaient pas pour la dédicace – ce qui n’est plus le cas (rires!). Au fil des heures, les gens achetaient un album puis revenaient en acheter d’autres. Parmi eux, il y avait d’autres auteurs de BD, qui m’ont ensuite écrit pour me dire qu’ils avaient adoré Titeuf. Par rapport à mes précédents albums, qui ont surtout été achetés par mes amis et ma famille par sympathie, là j’ai senti que les choses changeaient. C’est monté très vite en puissance, on me proposait même de créer une licence pour une BD qui avait trois jours. C’était hallucinant!

Comment avez-vous géré le succès de Titeuf? 

C’était génial! Pour moi cela n’allait jamais assez vite. Quand le premier album est sorti, j’avais déjà pratiquement terminé le deuxième. Et mon éditeur me disait d’attendre, de voir... Je sentais qu’il se passait un truc, alors je voulais avancer. Après il y a eu quelque chose qui a vraiment dépassé mes attentes, et j’essayais juste de suivre. Je reconnais que, dans cette aventure, j’ai eu énormément de chance, car Titeuf a été accueilli avec beaucoup de bienveillance par le public comme par le monde de l’humour et même les intellectuels. A la fin des années 1990, il y avait tous les jours quelque chose avec Titeuf: une traduction, une invitation à l’étranger, une expo… A ce moment-là, j’ai un peu perdu le fil. J’étais bien évidemment content, mais j’étais concentré sur l’écriture de mes albums.

Intéressons-nous maintenant au papa que vous êtes. Vous avez plusieurs enfants, dont Titeuf. Quel papa êtes-vous avec eux?

Je ne suis pas du tout avec mes enfants comme je suis avec Titeuf. Titeuf, je ne me sens pas vraiment son papa. Quand je dessine Titeuf, je suis Titeuf, c’est lui qui parle et qui bouge. Titeuf est mon double enfant. Ça s’est fait naturellement, dès le premier album. Je ne le considère pas vraiment comme mon enfant, sinon je serais plus protecteur envers lui. C’est ma part d’enfance qui continue à vivre, encore et encore... Peutêtre qu’elle finira par grandir, elle aussi, et que je quitterai le monde de l’enfance pour de bon. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir vécu tout ce que Titeuf a vécu, baffes comprises. C’est sans doute ce qui fait la vérité du personnage... Mais je n’aimerais pas que mes enfants vivent et traversent les mêmes «épreuves» que Titeuf. Nous sommes une grande famille, puisque nous avons avec ma femme cinq enfants en famille recomposée. On essaye de faire que cette fratrie fonctionne, ce qui, comme dans toutes les familles, n’est pas toujours évident. Dans l’ensemble, on a de la chance, ça se passe plutôt bien, mais il faut tout le temps avoir l’oeil sur ce qui se passe.

Alors, comment vous gérez cela?

Nous essayons de faire régulièrement des activités individuellement avec un seul de nos enfants. Dans une famille où il y a cinq enfants, on peut perdre de vue les petits détails. Entre ceux qui vont plus se mettre en avant et ceux qui vont avoir tendance à vivre leur vie, on ne sait pas exactement où ils en sont. Alors c’est bien de pouvoir consacrer du temps à chacun d’entre eux séparément, et de manière équitable pour éviter toute jalousie.

Et pour le couple?

Nous avons cet avantage des familles recomposées et donc des divorcés: un week-end sur deux, on est deux amoureux, seuls au monde, sans enfants. Sauf quand on ne parvient pas à synchroniser les gardes et là ça devient compliqué. Mais de façon générale, on finit par y arriver et ça c’est une bonne respiration pour le couple. Même si on adore nos enfants, il y a des moments où (gros soupir!) on en peut plus avec cinq. Et, le fait de savoir que tous les quinze jours on a ce temps soit pour faire des choses solos, sans organiser une caravane pour la prise en charge des enfants, soit pour partir ou aller simplement au cinéma à deux, c’est top! Là, on part ou on glande sans culpabilité, car nos enfants sont chez leur autre parent!

Somme toute, une famille recomposée normale?

Oui, tout à fait, avec ses avantages et ses inconvénients.

Dans les moments plus difficiles, comment gérez-vous vos enfants ados?

J’ai un grand de 18 ans et un de 12½ ans qui e st en plein dans l’adolescence, à qui j’ai justement dédié l’album Bienvenue en adolescence! Mais franchement on n’a pas de difficulté insurmontable. On arrive à s’en sortir, on n’a pas eu de gros coups durs avec nos enfants. Je n’ai pas tendance à vraiment m’inquiéter pour eux. Cela vient certainement du fait que mon papa, qui était inspecteur de police et qui a vu des choses atroces, trouvait que même mes pires bêtises d’ado n’étaient finalement pas si graves au regard de ce qu’il voyait. J’ai dû hériter ça de lui. On ne joue pas sa vie sur une note en maths, mais il faut quand même suivre les choses. Je suis plus inquiet sur la manière dont ils interagissent avec leurs amis. Si on voit que, tout à coup, ils sont un peu seuls, qu’ils ont du mal à s’intégrer, alors forcément on s’inquiète. Nos enfants sont très différents. C’est marrant, on les élève pareil, mais ils ont chacun leur personnalité.

Lequel s’est déjà retrouvé entre deux amoureuses au point d’en perdre sa mèche? Peut-être vous?

Lequel? Je ne sais pas, car on ne sait que ce qu’ils veulent bien nous dire. Quant à moi, je n’ai jamais été disputé par plusieurs filles. Ça ne m’aurait pas du tout fait rêver. Je me souviens bien de l’âge où on réalise que l’adolescence ça va nous arriver et on ne comprend pas ce qu’il peut y avoir de cool à grandir. Les adultes disent que ça va bien se passer, mais, en voyant les autres ados, on a vraiment du mal à y croire… Pour moi, toute cette période n’était pas cool du tout. Je me souviens d’une fille qui voulait sortir avec moi et ça me fichait une trouille terrible. Je la fuyais, je me cachais un peu. Elle venait me voir tous les matins et m’embrassait devant tous mes copains, et je trouvais cela hyper embarrassant. La transformation s’opère et on comprend les choses et qu’elles changent. Mais pour moi, ce qui a le plus changé à l’adolescence, avant de me rendre compte que moi j’avais changé, c’était les adultes. Tout à coup, je les trouvais totalement différents. Ils ne nous regardaient plus de la même façon, ne se comportaient plus pareil avec nous. On les voit de plus haut, ils nous impressionnent beaucoup moins. Après avoir passé des années à nous dire qu’on est mignons, jolis et gentils, leur discours change. Ados, plus personne ne nous dit ces petits mots tendres. Tout à coup, alors que j’avais un autre corps, je ne savais pas si j’étais beau ou pas, et où je me situais sur le «marché de la beauté». On entend: «Tu pues, va prendre une douche, t’es mal habillé, t’as les cheveux longs, t’as un bouton, tu tires tout le temps la gueule…» Bref, pas très rassurant pour l’image de soi.

Vos enfants sont-ils fans de BD?

Non, pas du tout. Ils en lisent car il y en a beaucoup à la maison, mais ils sont plus avec les smartphones et tablettes. Et comme tous les parents, nous devons rationnaliser le temps d’utilisation. J’ai ce même rapport aux «nouvelles technologies» qu’avaient mes parents à l’époque lorsque que j’écoutais des disques de rock très fort et qu’ils venaient toujours me demander pourquoi je mettais le volume aussi fort ou pourquoi j’écoutais huit fois la même chanson… C’était un clash générationnel et la manifestation qu’ils étaient devenus des vieux et qu’on n’était pas du même monde. Quand mes enfants jouent à Minecraft et que je leur demande comment ils peuvent jouer des heures à ce truc, je vois dans leurs yeux exactement le même regard que celui que je portais sur mon père. Je prends conscience que pour mes enfants, je fais désormais partie du monde des vieux qui trouvent qu’on ne devrait pas passer autant d’heures à jouer à ces jeux «nuls».

Pourquoi avez-vous décidé de faire basculer Titeuf dans l’adolescence pour ce nouvel album?

Titeuf est à la porte de l’adolescence depuis vingt-trois ans... C’est normal qu’il soit tenté de passer de l’autre côté. Mais j’ai décidé de ne pas le faire grandir pour l’instant. Peut-être un jour…

Après ce nouvel album de Titeuf, un scoop pour nous?

Oui, Whatawonderfulworld, tiré de mon blog pour Le Monde (n.d.l.r.: zepworld.blog.lemonde.fr), sera en librairie dès le 14 octobre 2015 et mon prochain conte pour adultes avertis, Esmera, sera quant à lui disponible en novembre.

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