Etudiante et maman, c’est possible !

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Pas toujours facile de mener de front grossesse et vie étudiante. Comment concilier bébé et cours en amphi? Sur quelles aides financières, quels aménagements peut-on compter? Et surtout, comment trouver la force de ne pas craquer? Nos conseils.

La nouvelle lui est tombée dessus lors d’une simple visite médicale. Lisa pensait avoir pris ses précautions. Mais voilà, étudiante en droit économique à l’université de Genève, elle est tombée enceinte à l’âge de 21 ans. Et ça n’a pas été simple: «le père m’a laissée tomber après avoir insisté «pour que je fasse partir l’enfant »: ce sont ses propres mots. Mais j’ai gardé mon bébé.» Lisa prend alors une année pour s’en occuper grâce à l’argent prévu pour s’acheter une voiture et trouve une place à la crèche de Bertrand, qui accueille les enfants dès la fin du congé maternité jusqu'à l'âge de la scolarité dans le quartier de Champel à Genève. Elle estime s’en être bien sortie, même si la jeune femme s’est sentie parfois très seule: «je ne vais pas vous raconter d’histoire; ça n’a pas toujours été facile, j’ai passé certains soirs à pleurer, à me dire que je n’y arriverais pas toute seule. Mais je ne regrette rien et ça n’a pas été un sacrifice. En aucun cas.» 

De la même façon Carolina, 25 ans, étudiante en faculté de médecine vétérinaire à Zurich, avoue que son petit garçon était attendu, mais pas aussi tôt: «avec mon ami qui est également étudiant, on aurait voulu pouvoir gagner notre vie avant d’avoir un enfant. Ce qui ne nous a pas empêché de l’accueillir avec bonheur, naturellement !». Elle ajoute: «en fait, je pense que c’est le bon moment pour avoir des enfants. Comme je suis à la fac, j’ai plus de temps libre pour m’occuper de ma fille. Par ailleurs, je pense que c’est aussi plus simple pour entrer dans la vie active. Quand je travaillerai, mes enfants seront devenus autonomes et iront à l’école». Des histoires positives, mais qui ne doivent pas faire oublier que l’arrivée d’un enfant, quelles que soient les circonstances, reste un vrai bouleversement. Et nécessite des moyens financiers. Quels sont-ils ?

«Il faut de la maturité et de la solidité dans le couple pour tout assumer» Coralie, 25 ans, maman de Bastien

En Suisse les personnes assurées à l’AVS (Assurance-vieillesse et survivant) en tant que personne sans activité lucrative, comme les parents ou futurs parents étudiants, ont également droit aux allocations familiales. Toutefois, ce droit peut être remis en question si le revenu imposable du ménage dépasse 42 300.- par an (montant valable pour 2015). De plus si le parent pouvant faire valoir le droit aux allocations familiales n’entreprend pas les démarches nécessaires, son compagnon, ou sa compagne, peuvent déposer une demande d’allocations familiales avec une possibilité de recours en cas de refus. 

Mais soyons clairs. Les aides financières sont modiques, les systèmes d’allocations rigides et il est très difficile d’obtenir une bourse. Et quand on a la chance d’en décrocher une en dépit des difficultés administratives, rien n’est encore gagné. Coralie, 25 ans, maman d’un petit Bastien de 6 mois, se prépare au métier d’enseignante en mathématiques: «je pense qu’il faut de la maturité et une solidité dans le couple pour pouvoir tout assumer, car s’occuper d’un bébé, suivre les cours et parfois prendre un job étudiant, représente un sacré programme !» En effet, aux problèmes financiers s'ajoutent les fréquentes impasses liées à la garde de l'enfant. Si la grande majorité des campus romands propose des structures d'accueil, des crèches, des garderies et même une école enfantine pour le binôme Université de Lausanne/Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne via leur bureau de l'égalité, le nombre de places reste faible et les listes d'attente très longues.  Caroline, 29 ans, maman de Liza Sophie, trois ans témoigne sur le site etudiants.ch que «rien n’est fait pour accueillir les enfants». Elle ajoute: «Ce sont essentiellement mon ami et ma famille qui m'ont permis de pouvoir reprendre progressivement mes études. En effet, Liza Sophie est gardée par ses grands-parents deux jours par semaine, mon ami s'en occupe un jour par semaine et elle va à la crèche les deux derniers jours. Mon ami travaille à 70%, c'est donc grâce à son salaire que nous pouvons nous en sortir financièrement.»

Gare à l’isolement et au surmenage !

Les difficultés rencontrées pour obtenir une place fixe dans un système de garde contraignent de nombreux parents-étudiants à se partager la garde du tout-petit ou à se tourner vers la famille et l’entourage proche. Des solutions qui restent néanmoins temporaires et fragilisent un parcours d’études stable. Par ailleurs, la majorité des parents-étudiants étant contraints de concilier études et petit boulot, stress et surmenage les guettent. Sans parler du spectre de l’isolement. C’est pourquoi l'Université de Lausanne a innové en introduisant dès cette année un cursus à mi-temps sur l'ensemble de ses masters.

L’Université de Fribourg, pour sa part, veut permettre aux étudiant-(e) s qui le désirent de conjuguer au mieux études et maternité/paternité. (3) Il peut en effet arriver que des étudiantes enceintes ou des parents étudiants ne puissent participer à un cours ou se présenter à un examen pour un problème de santé lié à la grossesse, un enfant malade, une assistante parentale qui se décommande inopinément, etc.  Par ailleurs, si une étudiante est temporairement dans l’impossibilité d’assister aux cours en raison de problèmes liés à sa grossesse, le constat médical de grossesse vaut comme excuse pour de courtes absences. Les directives de Bologne de la Conférence universitaire suisse (CUS) prévoient même la possibilité d’étudier à temps partiel. Enfin, prendre un semestre de congé est une solution pour ceux qui souhaitent se familiariser avec leur rôle de parents. Sur la durée totale des études à l’Université de Fribourg, quatre congés sont accordés au maximum.

Malgré les efforts consentis, un important travail de sensibilisation doit encore être fourni pour mettre en lumière le parcours du combattant auquel sont confrontés les parents-étudiants. La brochure de l'UNIGE édicte à ce propos une série de recommandations pouvant être étendues à l'ensemble du paysage romand des hautes écoles (3).

Libérez votre esprit !

Pour le psychologue Philippe Scialom, bien réussir ses examens demande de savoir se ménager des «temps d'esprit libre », notamment avant les examens ou pendant le rendu de mémoire, en acceptant de confier son enfant à un proche, par exemple. «Seul, c'est très difficile, il faut donc anticiper le plus possible en en discutant avec les parents, beaux-parents ou avec le conjoint. Il faut savoir sur qui l'on peut compter, car c'est dommage de ne pas pouvoir aller à un partiel parce que l'enfant a 40° de fièvre !» 

Ses conseils: Vivez pleinement le moment présent en évitant de penser au travail quand vous êtes à la maison ou aux enfants quand vous travaillez ou étudiez. Durant une période d'études, apprenez à faire fi des tâches domestiques qui ne sont pas urgentes ou que d'autres membres de la famille peuvent accomplir. 

À la maison, partagez les responsabilités et déléguez. Par exemple, pendant une semaine, faites l'épicerie et les tâches domestiques, mais confiez-les à votre conjoint la semaine suivante.

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