Allo maman solo!

Choisi ou subi, le statut de mère célibataire est souvent lourd à porter. Assumer seule, financièrement et moralement, laisse bien peu de place à la recherche de l’âme soeur. Et pourtant…

Être mère célibataire aujourd’hui, c’est d’abord réussir à subvenir seule aux besoins de sa famille. Un défi de taille à relever quand on sait l’absence d’aide spécifique. C’est donc fatalement le manque d’argent qui vient en tête des préoccupations de ces mères qui vivent au mieux avec un seul salaire. Preuve en est le titre choc de l’ouvrage de Pascal Lardellier, docteur en sciences de l’information et de la communication, La Guerre des mères1. Toutes les femmes à qui l’auteur a donné la parole se débattent courageusement entre galères, craintes et menus espoirs, sans pouvoir se reposer sur un adulte. Une vraie «guerre des nerfs» selon l’expert.

Le casse-tête financier des mamans célibataires

Une situation plus difficile à vivre encore au moment des vacances ou des fêtes de Noël. Elena, 26 ans, graphiste à Genève, se souvient du premier Noël qu’elle a passé seule avec son fils, après la séparation: «Je promenais Noah et, subitement, toutes ces vitrines illuminées, ces boutiques de jouets scintillantes et ces mets délicat m’ont fait monter les larmes aux yeux. Parce que mon fils était fasciné et que je savais que je n’allais pas avoir les moyens de lui offrir autre chose qu’un bon gratin et un jouet en bois, fut-il fait des mains de son grand-père.» Même sentiment d’impuissance chez Séverine, 32 ans, mère au foyer et maman de Enzo, 6 mois, qui a d’ailleurs songé à subtiliser une boîte de foie gras pour finalement renoncer, rattrapée par sa bonne éducation.
S’il n’y a pas d’aide spécifique dédiée aux mères célibataires, la Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM) (www.einelternfamilie.ch) intervient, depuis 1984, auprès des mamans «solos» en apportant conseil et soutien dans des périodes parfois difficiles,  motionnellement et financièrement . L’Aide suisse pour la mère et l’enfant (www. fondation-asme.ch) recourt pour sa part à des spécialistes appartenant au monde médical et social pour délivrer des conseils gratuitement et de façon confidentielle.

Basculer dans la précarité amène de nombreuses mamans solos à changer leur mode de consommation. Comme Elena, qui a renoncé à ses préjugés sur les objets de seconde main: «Pour le matériel de puériculture et l’habillement des petits, particulièrement coûteux, j’ai découvert les dépôts-vente, les vide-greniers – auxquels les enfants adorent participer – et les sites marchands d’occasion car leurs prix défient toute concurrence.» Pratiquer l’échange de services entre familles – baby-sitting par exemple contre cours d’anglais, etc. – peut être également une bonne solution. Pensez aussi aux associations d’échange de services entre particuliers; le Système d’échange local (www.sel-suisse.ch) par exemple est une association à but non lucratif qui met en place un réseau d’échanges, d’amitié et d’entraide.

Des mamans héroïnes mais fragiles

Autre difficulté pour les mères célibataires: celle d’avoir à assumer socialement leur statut. Chose étrange, alors que le divorce est de plus en plus courant, être mère de famille monoparentale n’est pas toujours bien vu, que ce soit à la sortie de l’école ou au bureau. Caroline, kinésithérapeute et maman de Natalia, 12 mois, et Sophia, 6 ans, a constaté qu’elle n’était jamais invitée lors des barbecues organisés par les parents de l’école: «J’ai l’impression que je fais peur, comme si on craignait que mes enfants, privés de l’autorité d’un père, soient
différents et puissent causer des problèmes...»
Un témoignage qui ferait sourire Robert Neuburger, psychiatre, psychanalyste et thérapeute familial2. «Au moindre problème, les mères seules s’entendent dire: “Ah! S’il y avait un homme à la maison!”, explique-t-il. Rappelons que les familles où les pères sont présents rencontrent autant de problèmes éducatifs que les familles monoparentales, à niveau socio-économique égal.» Reste que la culpabilité est malheureusement souvent inévitable; on met au monde des enfants avec l’envie de leur offrir le maximum – une famille unie, un toit pour vivre tous ensemble, etc. – et, d’un seul coup, on dit adieu à cet idéal. Stéphanie, 27 ans, met des mots sur ce sentiment de culpabilité refoulé: «Etre une maman 24h sur 24, assurer pour deux, savoir être juste, donner de l’amour, c’est un combat du matin au soir. Les problèmes que j’ai à
régler occupent mon esprit en permanence; je me suis beaucoup isolée et je ne sais pas vers qui me tourner pour être soutenue.»
La période qui suit une séparation est en effet le plus souvent douloureuse à vivre émotionnellement. Les mères sont souvent partagées entre la peur de ne pas surmonter leur sentiment d’échec et l’envie de profiter de leur nouvelle indépendance. Une phase que Chloé, enseignante et mère d’un bébé de 1 an, vit difficilement: «J’ai l’impression de ne pas sortir du cycle “maison, bureau, bébé”. Ereintée, n’ayant pas vu ma fille Charlotte de la journée, je n’ai pas envie de sortir et quand son père la prend le week-end, je dors!» Difficile d’entamer une nouvelle vie sociale dans ces conditions et le risque est grand de s’isoler.
Les nouveaux réseaux sociaux sont devenus un refuge pour ces mères et il est courant de se retrouver entre mamans solos sur la Toile. S’échanger des services, des bons plans, se soutenir mais aussi sortir de l’isolement en partageant ses moments de joie, c’est ce que permettent ces sites spécialisés. Pourquoi alors s’interdire d’espérer, par ce biais, une nouvelle relation amoureuse?
Et cela même si la mère solitaire est souvent coincée à demeure, dans une situation et un rôle parfois en contradiction avec une vie personnelle. Son intimité, il est vrai, passe souvent au second plan. D’où l’importance de veiller à son propre bien-être, comme le conseille fortement Pascale de Lomas dans Du temps pour soi, du bonheur pour les autres3. «En apprenant à prendre soin de vous-même, en sachant écouter vos désirs et respecter vos besoins, vous serez plus serein[e], plus disponible, plus attentif[ve] aux autres, explique-t-elle.
Savoir s’occuper de soi est la première condition d’une véritable ouverture aux autres. Et cette belle attention est toujours payée de retour.» Reste que, il faut bien le reconnaître, le profil «maman célibataire» fait parfois fuir les prétendants sur les sites de rencontre classiques, même si des plateformes dédiées aux parents célibataires comme parentsolo.ch se sont créées. Et une fois le Prince charmant trouvé, il n’est pas toujours facile de trouver l’équilibre entre la volonté de ne pas léser l’enfant qui sent que sa mère noue de nouveaux liens et celle de vouloir construire une vie nouvelle avec son amoureux. Camille, maman de Jade, 2 ans, a mis au point un vrai planning pour accorder autant de temps à l’un et à l’autre: «C’est vrai, cela demande d’être très organisée et comptable de son temps, je le reconnais. En même temps, les heures passées avec Jade comme celles avec Frédéric sont intenses, car il n’est jamais simple de mettre au point ces plages horaires!» Ce qui n’empêche pas les enfants de râler: «Tu sors encore ce soir!» Et les compagnons de pester: «Je passe toujours après tes enfants!» L’important est que la mère ait le choix et ne subisse pas la situation. Et cela, même si les choses se compliquent lorsqu’elle décide de faire participer pleinement son compagnon à la vie de famille, voire de lui déléguer une fonction parentale.
Il est alors indispensable de préparer les enfants avant de leur imposer la situation, de leur faire comprendre qu’ils doivent respecter ce nouveau compagnon et que cet homme peut être une ressource. A partir du moment où le nouveau venu devient une aide dans le cadre de la vie quotidienne de l’enfant, alors il est accepté. Quand les choses se passent bien, il peut aussi être une ressource affective et devient alors un des fondements du foyer. Les enfants comprendront à coup sûr que, quand on a élevé seule ses enfants durant quelques mois ou années, cela soulage!

(1) Pascal Lardellier, La guerre des mères – Parcours sensibles de mères célibataires, éditions Fayard
(2) Robert Neuburger, Territoires de l’intime et Nouveaux couples, éditions Odile Jacob 
(3) Pascale de Lomas, Du temps pour soi, du bonheur pour les autres, version brochée illustrée par Frédérique Thyss, éditions Flammarion, ou version poche, éditions J’ai Lu
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